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Posté le 27.01.2012 à 13:28

 

 55-

Jean Ferguson

Petite anthologie de textes érotiques masculins

Préface de Jean Simoneau

 

PÉTRONE

(Latin, mort en 66 ap. J.- C.)

 

Écrivain-auteur d'un livre surprenant Le Satiricon, il fut un personnage important à la cour de Néron où on le surnomma Arbitre des élégances car c'est lui qui prônait la loi du bon goût. Il s'attira ainsi les foudres du préfet Tigellin qui l'accusa d'avoir participé à une conjuration contre le despote de Rome. II était en voyage et il se hâtait de se rendre auprès de Néron pour se justifier, lorsqu'il reçut l'ordre de s'arrêter. Pétrone comprit qu'on venait l'exécuter. Il commanda un somptueux banquet pour s'entretenir une dernière fois avec ses amis. Puis, il s'ouvrit les veines, mais les lia pour ne pas mourir trop vite.


C'est dans son roman
Le Satiricon que Pétrone relate la conversation entre Eumolpe, un poète âgé encore épris des plaisirs de la chair et ses aventures de jeunesse et un jeune homme licencieux et deux autres jeunes gens, Ascylte et Giton.

Il a le bas ventre si joli

que ce garçon semble n'être que le prolongement

de son membre fascinant. (Caïus Petronius Arbiter, personnage du Satiricon)

 

Caïus


LXXXV. Eumolpe:

- Quand j'étais en Asie, où le service militaire m'avait conduit, il m'arriva un jour à Pergame d'être logé chez un habitant. Le séjour m'était fort agréable, tant à cause du confort de la maison que de la merveilleuse beauté du fils de mon hôte; et voici quel plan j'imaginais pour devenir son amant sans éveiller les soupçons du père. Toutes les fois qu'il était question à table de l'amour des jolis garçons,

j'affectais une indignation si vive, je défendais avec un sérieux si austère qu'on souillât mon oreille de ces propos obscènes, que tout le monde, et surtout la maman, me considérait comme l'un des sept sages. Aussi avais-je pris l'habitude de le conduire moi-même au gymnase, de régler moi-même ses études, de lui donner moi-même des préceptes et des leçons, pour empêcher qu'aucun séducteur ne pût prendre pied dans la maison.


Nous étions un jour couchés dans le triclinium. La célébration d'une fête avait écourté la classe et la fatigue d'un long et joyeux festin nous avait enlevé tout courage de monter dans nos chambres lorsqu'au milieu de la nuit, je m'aperçus que mon élève ne dormait pas. Aussi de ma voix la plus timide murmurai ce vœu à Vénus: «Déesse, dis-je, si je puis baiser cet enfant sans qu'il ne le sente, demain je lui donnerai une paire de colombes. » Le garçon m'entendit discuter du prix dont je paierais mon plaisir et il fit semblant de dormir. J'en profitai pour m'approcher du jeune fourbe et je lui dérobai quelques baisers. Satisfait de ce début, je me levai de bon matin, et lui apportai, comme il s'y attendait, une belle
paire de colombes, pour m'acquitter de mon vœu.

LXXXVI. La nuit suivante, trouvant même tactique je changeai ma formule de souhait: « Si je puis, dis-je, le caresser d'une main libertine, sans qu'il le sente, pour prix de sa complaisance, je lui donnerai deux coqs de combat les plus belliqueux qui soit. » À ce vœu, mon éphèbe s'approcha de lui-même; il appréhendait, je crois bien, que je fusse endormi. Je m'empressai de calmer son inquiétude, et me donna mon soûl de son beau corps, sans aller pourtant jusqu'au suprême plaisir. Et sitôt le jour venu, je lui apportai à sa grande joie tout ce que j'avais promis.


La troisième nuit m'ayant donné même licence, je me levai soudain et m'approchant de l'oreille du faux dormeur: « Dieux immortels, dis-je, si je puis dérober à cet enfant qui dort la jouissance parfaite à laquelle j'aspire, pour prix de cette félicité, je lui donnerai demain un superbe trotteur de
Macédoine, à condition toutefois qu'il ne sente rien.» Jamais garçon ne dormit d'un plus profond sommeil. J'emplis d'abord mes mains de ses seins à la blancheur de lait, puis je collai mes lèvres aux siennes, puis une suprême étreinte vint combler tous mes vœux.  Le lendemain, assis dans sa chambre, il attendait que je m'exécute, comme à mon ordinaire. Mais, tu le sais, il est bien plus facile d'acheter une paire de colombes ou de coqs qu'un trotteur, et outre cela, je craignais que l'importance du cadeau ne rendît ma générosité suspecte. Aussi, après une promenade de quelques heures, je rentrai chez mon hôte, ne rapportant au garçon rien d'autre qu'un baiser. Mais lui après avoir regardé de tous côtés, me dit en jetant ses bras autour de mon cou : « Maître, ou donc est le trotteur? »

LXXXVII. Bien que ma déloyauté m'eût fermé la porte que je m'étais ouverte, je pus reprendre bientôt mes anciennes privautés. À quelques jours de là, un hasard semblable nous offrait la même bonne fortune; sitôt que j'entendis ronfler le père, je priai l'enfant de faire la paix avec moi, ou plutôt de consentir à se laisser faire plaisir, bref j'usai de tous les arguments que peut dicter le désir le plus tendu.  Mais lui, fort en colère, ne faisait que répéter: « Dors, ou je vais le dire à mon père ». Il n'est de consentement si ardu que l'opiniâtreté ne finisse pourtant par arracher. En dépit de son refrain: «Je vais réveiller papa », je me glissai dans sa couche, et après une résistance mal jouée, je lui dérobe la joie qu'il me refusait. Mon coup d'audace ne parut pas trop lui déplaire: et même après s'être longuement plaint que je l'eusse trompé, joué et livré aux moqueries de ses camarades auxquels, oui, il avait vanté mes largesses: « Tu verras bien, pourtant, dit-il, je ne ferai pas comme toi. Si tu veux, tu peux recommencer ». Alors, toute rancune oubliée, j'obtins mon pardon de l'enfant, et après avoir mis à profit sa complaisance, je me laissai glisser au sommeil. Mais cette double épreuve n'avait pas contenté mon éphèbe, alors en pleine fleur de l'âge et qui brûlait de tenir son rôle passif. Il me tira donc de mes rêves: « Tu ne veux plus rien? me dit-il». Le présent n'était pas encore pour me déplaire tout à fait.

Aussi, tant bien que mal, à grand renfort de soupirs et de suées, je pus, malgré mon éreintement, lui donner ce qu'il voulait, et je retombai dans mon sommeil, n'en pouvant plus de plaisir. Moins d'une heure après, le voilà qui me pince et se met à me dire: « Pourquoi ne le faisons-nous plus? » Las d'être si souvent réveillé, je me mis pour lors dans une furieuse colère, et lui rétorquant ses propres paroles: «Dors, lui dis-je, ou je vais le dire à ton père. »

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Posté le 25.01.2012 à 13:53

 

54

 

Petite anthologie de textes érotiques masculins

Préface de Jean Simoneau

 

JOHN-ALLEN PATEUSHAM

(Gaspésie, métis d'origine Mi' qmaq, 1940-)

John-Allen Pateuscham est un pseudonyme. Il s'agit d'un Métis né à Listigug, en Gaspésie. Il est associé aux enseignements chamaniques. Ses recherches sur les berdaches, qui ont été publiées dans diverses revues anglophones et francophones, font actuellement autorité. Il a notamment dévoilé l'aspect malconnu de cette pratique masculine dans le monde indien qui était fort répandue, selon cet auteur, dans les temps passés.

Pateusham est très connu pour ses prises de position en faveur des amours entre adultes et adolescents. Pour cette raison, il n'a pas évité le scandale dans sa propre communauté et il a fait plusieurs séjours en prison au Canada parce qu'on l'a accusé d'avoir entraîné des garçons à la pratique de ses
théories. Il est en exil aux États-Unis où il a trouvé des communautés discrètement plus ouvertes et favorables à ses thèses. Ses poèmes n'ont pas encore été publiés en leur entier quoiqu'ils soient très connus dans le milieu gay français et américain. Il passe facilement d'une langue à l'autre, voyageant beaucoup entre les continents. Pour cette raison, peut-être, c'est un poète d'une grande versatilité - dont l'œuvre est inégale à cause des influences qu'il doit assimiler -, il oscille entre la tendresse sans retenue, presque précieuse, et la confession amicale. Il a renouvelé le genre dans une version plus moderne des poètes aux accents verlainiens.

 

MON JEUNE AMOUR


J'ai conscience de ton regard posé sur moi

oiseaux tendres lumineux sillages

arc-en-ciel sur la tenture du temps

ô ma tendresse

ô mon désir de fabuleux rivage.


J'ai prescience d'un bonheur

qui me vient de ta présence

mon esprit s'agite en volutes

je reste coi au pays de ton être

ton regard me surprend en plein délire de toi

puissantes effluves de ton esprit

j'ai l'habit neuf de tes yeux qui m'enchantent.



Passe la fleur de ma passion

passe passe mon amour aux herbes du désir

nu sous ta chemise

pour la route couverte de soleil

mon coeur mon ardeur au pays de toi

plus désirable que mille millions de bonheurs.


Mon amour sur ton riche rivage

mon coeur cette île sauvage

où s'amusent tes baisers

j'ai une suprême envie de toi

je rappelle l'âme délicate de nos extases à venir

mais c'est l'écho de la jeune lune qui me poursuit

en code stellaire et j'ai beau courir avec le vent

pour qu'il rende au jour ton image

ta chère image ta belle image

mangée par ma bouche ô douceur

il me reste des mirages brouillés qui me font tant t'aimer.


Je marche vers toi dans la nuit jour fou

et mes pas sont des étoiles

aux plages silencieuses du temps

et j'ai tant de rires dans mes bagages de gais souvenirs

qui ne mélangent pas les rayons du ciel

avec ta grâce de lumière indomptée.


Je suis une référence

pour la doucereuse ferveur des nuits

je reçois la générosité de tes lèvres

la rivière de tes ardeurs

la merveille exquise de nos amoureuses tendresses

aux jours heureux

aux avenirs indécis

aux aurores métalliques

aux carrousels de ta présence.


Nous sommes le monde en soi

et personne ne peut l'oublier

au ciel sur la terre

notre esprit est majuscule

sur l'écrin de ton visage

coeur de poésie mon tendre amant

l'aube est douce et chaude est la nuit.


Je suis un délire vivant

qui cherche ton pays intime

nous refaisons sans cesse le monde

dans la jubilation de nos chairs.

J'ai tellement goût de toi

que je distingue mal le champ du rêve

chargé de tes yeux

les gestes appris dans tes bras

les vagues d'ondes au créneau lourd de tes baisers

plus je les écoute

plus je reviens au royaume de nos amours.


Les bulles de la joie éclatent devant tes pas

dans le sentier écarlate et moi je te suis

fou d'amour fou de désir

je cherche du doigt ton dernier miel

la chaleur de tes cheveux la nuit

et l'odeur de ta peau embaume mes frémissements.


Il y a plus d'oasis au fol pays d'eau

elles naissent dans l'empreinte de tes caresses

Sous la splendeur de ton regard

renaissent les sables les herbes et les fleurs

ma peau couverte de ces empreintes

je demeure dans les fils de ta tendresse

sous l'effleurement de tes mains je deviens beau.


J'ai longue mémoire de nos jeux

j'ai longue mémoire de notre idylle

notre harmonie en fine pâture

de nos extrêmes convoitises.

Mes rires sont des dieux marins

qui cherchent l'océan de tes attachements.

 

JE PRÉFÈRE ...


Au vent étourdissant des vastes espaces,

je préfère la caresse simple de ton haleine.


Aux mille odeurs enivrantes de la campagne,

je préfère le délicieux parfum de ton jeune corps.


À la tempête qui dévaste tout sur son passage,

je préfère tes colères soudaines qui me laissent pantois.


À la rumeur inquiète d'une probable guerre,

je préfère tes murmures et tes cris angoissés.


À l'humaine misère, aux difficultés,

je préfère tes douleurs d'ange ébouriffé.

Aux voyages les plus extatiques,

je préfère ta géographie intime.


À la lune romantique,

je préfère tes yeux lunatiques.

Oui, vraiment, je te préfère,

et ce qui n'est pas toi m'indiffère.

 

NOUS BAISONS DES GARÇONS ...


Nous baisons des garçons bien nés

dans cette ville nordique.

Ils causent motos 49 cc, 100 cc

ou mieux, jolis étalons, 1050 cc ou encore

bien bandés, les rutilants 1200 cc.


Ils savent tenir un guidon,

les garçons que l'on aime;

ils savent que l'on doit museler

les canaux déférents:

l'extrême frontière du Plaisir.


Et sur de beaux motards aux cuisses évasées,

Sentant le cuir et les chromes,

je m'excite avec des gestes osés,

Mais je sais que pendant ce temps,

ils regardent ailleurs ...

 

ANDRÉ

 

Dans la maison du temps pleine

de soupirs des bouches blanches,

tu brûles mon âme

et j'ai le souvenir d'une jeune queue de pie.


Je l'ai connue en lumineuses saccades

et j'ai bu à son oeil unique

la liqueur des jeunes bulles.


J'étais alors heureux

et mon haleine avait le parfum

de ta charmante toison douce.


Et toi, Splendeur de mon amour,

tu étais mon grenier charnel

plein de subtiles douceurs

où ma main par jeu passait sans relâche.


De balises amoureuses,

Qu'es-tu devenu, bel adolescent

Au regard, aux yeux francs,

qu'es-tu devenu?


Ma peine est immense

et pleure mon coeur

comme sur une plaine de gadoue bleue,

dans les lumières mortes

de la maison du temps.


Je
ne boirai donc plus

ta liqueur blanche,

le lait du silence?


Je vais mourir encagé dans un arbre.

Du jeune peuplier blanc

dont la tête touchait le ciel,

dont je caressais la tendre écorce;

sa peau jeunesse, pelure entière,

tiède de tant de douceur.


Mon âme s'effrite en vague successives:

je vais mourir sur une peau d'ours blanc

volé sur l'étoile naine du céleste sourire.

 

BELLE TOISON

 

Belle toison du temps jadis

que j'ai tant cherchée!

L'odeur m'en sublime encore les narines.

Ah! Que j'aimais en ce temps-là!

J'avais la précieuse habitude

de fréquenter mon bel amour

qui répondait au nom très banal

d'André ... à qui je faisais découvrir

sa jeunesse, sa voix et son visage,

André du matin, André de l'aurore,

bel amour …

 

 POÈME DÉDIÉ À UN GARÇON QUI S'EST SUICIDÉ

 

J'ai toujours à l'esprit son visage d'enfant;

oui, bien sûr, c'était à peine un adolescent.

Son regard m'a charmé; ses yeux couleur de menthe

m'ont fait regretter de n'avoir plus vingt ans.

Très gentiment, il m'a pris la main en disant:

« Viens-tu avec moi? Je pense que j'ai envie

de dormir dans tes bras. » Tendrement j'ai souri

À sa jeunesse oubliant le fossé du temps.


Il m'a suivi chez moi; nous nous sommes aimés.

J'étais gêné, je crois, de n'avoir plus son âge,

mais peut-être qu'il était trop sage

pour juger l'amour au nombre des années.


Quand il est reparti, j'ai aussitôt compris

qu'il ne reviendrait plus, ce garçon beau et libre.

Et il m'a chuchoté dans la rue pleine d'ombres:

« C'était bon de t'aimer, de t'avoir comme ami.. »


Je n'oublierai jamais le doux pays de son corps;

je voudrais tant revivre à nouveau cette joie

qu'il m'a procurée quand je n'y avais plus droit.

Non, je ne peux oublier le pays de son corps.

]'ai toujours à l'esprit son visage d'enfant;

oui, bien sûr, c'était à peine un adolescent.

Son regard m'a charmé: ses yeux couleur de menthe

m'ont fait retrouver la splendeur de mes douze ans.

 


STÉFANE

 Sté, garçon-fleur

dont j'aime tant l'odeur,

tu as les yeux de mon plaisir,

tu es ardentes caresses

sur mon corps qui t'espère

dans la douceur et l'abandon.

J'Ai attendu longtemps ta présence tranquille,

ton silence essentiel

et je pense à toi.


Ce soir, j'aurais tout à coup besoin de tes mains,

de ta bouche inquiète et chercheuse.


Garçon-mélodie, ton corps instrument parfait

s'applique à des accords qui m'étonnent

et me comblent.


Tu sombres brusquement dans le plaisir

après t'être promené longuement sur l'arc

de mes désirs et des tiens.


Il jaillit ton pollen dans le jardin de l'été

plus délicieux que mille miels.

Tu en profites pour t'enliser

dans un vertige de soleil,

carrousel d'ombres et de couleurs.


Sté, garçon-plaisir,

je le crois bien,

je vais t'aimer encore et encore

pour te conduire jusqu'à l'aube.


Tu me fais naviguer dans les veines de ton beau corps,

géographie intime

où je me perds rempli de délices.

Sté, garçon gracieux,

garçon curieux,

garçon plein de mélodie,

garçon flûte de berger,


Sté, garçon brave,

tu as gagné,

je vais t'aimer jusqu'à l'extase.


STÉFANE, MON PAYS DE RÊVE
.


Tu es l'aube envahie d'herbes de lumière

comme cette tache en moi d'eau où brille ton visage aimé;

étang situé tout au bout de mon âme

dans ce coeur-pays que ravagent les désirs d'amour:

ce paysage de moi qui serait bien moins beau sans toi.


Je t'aime jusqu'à perte d'horizon;

ton corps m'est plus précieux que ma propre vie;

pourquoi faut-il tant t'aimer,

mon doux, mon cher jeune ami?

 

 TRISTAN

 Tristan, l'aube va naître

et nos yeux enfin se retrouvent

comme des perles de rosée

qui s'ajoutent l'une à l'autre pour n'en plus former qu'une.

Ton regard, hirondelles aux ailes moirées,

je l'attends ce regard de toi

qui m'ouvrira une porte du paradis perdu,

ce lumineux regard qui est ma force d'espérer

sans lequel je ne peux vivre,

sans lequel mes désirs ne sont qu'errances.


Tristan, mon bel amour,

ta lumineuse clarté a chassé la nuit traîtresse au visage noir.

Ta seule présence est un baume

et les mots que tu me murmures sont la mélodie

du plus beau des cantiques: il n'y a jamais eu pour moi

des sons plus agréables.


Je te retourne, j'écoute le bruit de ton coeur,

je suis pareil à quelqu'un qui a trop de bonheur.

Je frisonne du plaisir de ta main,

je respire de ta bouche.

Tristan, mon sourire,

Tristan, mon désir de chair et d'âme,

Tristan, mon si bel amour!

 

 LETTRE POUR ÉRIC

 Tu es parti, Éric,

sans écouter la peine de mon coeur,

toi qui étais plus que moi-même.

Depuis la vie s'écoule de moi

comme le filet du ruisseau oublié sous la fougère.


Au souvenir de tes yeux, j'ai un amertume étrange

qui me scie la gorge,

car, vois-tu, Éric, il n'y rien au monde

de plus cruel

qu'un garçon qui oublie d'aimer ...

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Jean Ferguson
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Posté le 24.01.2012 à 15:37

 

 

Jean Ferguson

Petite anthologie de textes érotiques masculins

Préface de Jean Simoneau

 

 

53

MARC DE PAPILLON DE LASPHRISE

(Français, 1555-1599)

Poète et militaire puisqu'il fut capitaine, ses poèmes révèlent une personnalité attachante. C'est après une vie remplie d'aventures et de voyages qu'il va se consacrer à la poésie. Les Amours de Théophile et de Noémie font de lui un poète attachant et personnel.  Il sait aussi à l'occasion être satyrique. Il est étonnant qu'il ne soit pas mieux connu. Ses amours tumultueuses pour les jeunes soldats de sa troupe y sont peut-être pour quelque
chose.

 

STANCES DE LA DÉLICE D'AMOUR

Je veux qu'en plusieurs lieux, mon ami soit ombré

D'un beau poil crépelu, poil que je tiens sacré,

Comme l'advant-courant le doux fruit que je cueille,

Et principalement je veux que son menton

Aye un petit duvet d'un blondoyant coton.

L'arbre est bien mal plaisant quand il n'a pas de feuille.

Oserais-je oublier ce que je veux surtout ?

Le fregon de mon four, bâton qui n'a qu'un bout,

Mon mignon boute-feu de ma flamme amiable,

L'ithyphalle gaillard qu'il ne faut amorcer,

Qui sans caresse peut un monde caresser,

De grandeur naturelle et de grosseur semblable.

Toujours prompt, vif, ardent, ayant un sang altier,

Et deux braves témoins, pour me certifier,

Qu'il est prêt, bien en point, gonflé d'ardeur féconde,

Encore que sa forme enseigne sa valeur,

Son chef, son front, son nez, n'est-ce pas un beau coeur

Qui sans cesse combat la plus grand'part du monde ?

 

JE VOUDROY BIEN, POUR M'ÔTER DE MISAIRE ...


Je voudroy bien, pour m'oster de misaire,

Baiser ton oeil - bel Astre flamboyant.

Je voudroy bien de ton poil ondoyant

Nouer un nœud qui ne se peust deffaire,

Je voudroy bien ta bonne grace attraire,

Pour me jouer un jour à bon esciant,

Je voudroy manier ce friant :

Aux appetis de mon desir contraire.

Je voudroy bien faire encore plus,

Defendre nud le beau flux et reflux

De ta mer douce où l'Amour est Pilotte.

Je voudroy bien y estre bien ancré,

Et puis apres ayant le vent à gré,

Je voudroy bien perir en ceste flotte.

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Posté le 23.01.2012 à 16:14

 52

Jean Ferguson

Petite anthologie de textes érotiques masculins

Préface de Jean Simoneau

 

OVIDE

(Latin, 43 av. J.-C.)

 

Ovide commença par devenir avocat, puis rebuté par la profession, il se consacra à la poésie. Ses vers sont remarquables par l'ingéniosité, la facilité qui frise parfois l'artifice. Surtout connu pour ses Métamorphoses en quinze livres. Son Art d'aimer lui valut l'exil parce que considéré immoral.


Aujourd'hui, il me faut une lyre légère,

chantons les jeunes garçons aimés des Dieux ...

Livre X, Métamorphoses


Orphée fut le premier qui, aux peuples de Thrace, enseigna l'art d'aimer les frais adolescents et de cueillir, avant le duvet sur leurs joues, l'irremplaçable fleur de leur premier printemps.

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Posté le 22.01.2012 à 16:02

 

 

Jean Ferguson

Petite anthologie de textes érotiques masculins

Préface de Jean Simoneau

  

 

51

ABÛ NUWÂS

(Arabe, 757-815)

Ce poète qui aimait les garçons, que l'on a surnommé « l'homme aux cheveux bouclés et flottant», est considéré comme l'un des plus grands poètes arabes. Son expression poétique est toute de pureté et de douceur.

Dès son jeune âge, il fut attiré par les hommes. Le premier fut son cousin le poète Abû Oussama qui l'initia à la poésie et aux caresses. Passé l'adolescence, déjà reconnu comme un excellent poète, Nuwâs immigre à Bagdad et il est reçu comme courtisan à la cour du grand calife Hâroum Ar Rachid où il tombe amoureux d'Al Amin, fils du calife, et avec ce compagnon, il s'adonne à l'amour avec les pages et les éphèbes que tous deux entraînent à la chasse et qu'ils gâtent par des banquets interminables où le vin coule à flot. .Vieillissant, assagi, Abû Nuwâs se retire dans une maison de Sagesse où il meurt très entouré.

L'AMOUR EN FLEUR

Je meurs d'amour pour toi si parfait

que la musique envoûte.

Mes yeux ne quittent pas ton agréable profil

et je m'émerveille de te voir si joli.

Ta taille est celle du roseau,

ta figure a la perfection de la lune

et ta joue rivalise avec la beauté.

Je meurs d'amour pour toi

mais je te demande la discrétion

le lien qui nous unit est un cordon sûr.

Je me demande s'il a fallu beaucoup de temps

pour te créer avec des poussières d'anges.

Je me fous des envieux

et je me contente de faire ton éloge.

 

EST-CE QUE TU M'AIMES VRAIMENT ?


Quand j'ai aperçu ce jeune et beau garçon,

il riait de toutes ses dents.

En réalité, nous étions tous deux

seuls avec Allah

et lorsqu'il mit sa main dans la mienne

en me tenant un gentil discours, je fondis.

Il s'interrompit pour me demander :

« Est-ce que tu m'aimes vraiment ? »

«Oh, oui ! Plus même que l'amour ! »

« Alors, tu me désires ? » me questionna-t-il, anxieusement.

Je soupirai : «Je ne connais personne de plus désirable que toi. »

« Alors il faut craindre Allah et m'oublier

Si mon coeur veut m'obéir ... »

 

AMOURS MAGIQUES


Je suis un grand buveur de vin

et je chevauche de graciles faons ;

j'aime les êtres charmants,

ceux des forêts et ceux des cieux.


Frère d'ivresse, lève ton verre

à la santé des beaux garçons

au ventre plat, à la taille fière,

à la joue rose comme le globe du raisin.


Il faut boire à nos amours magiques

pour célébrer leurs jolis yeux si attirants

et pour que, dans son éclat chatoyant,

la beauté surgisse dans nos verres.

 

SUR UN VISAGE IMBERBE


Mes yeux s'attardent sur Hamdâne

et je confie à mon ami :

« Il y a bien longtemps, il m'a promis

qu'il ne laisserait pousser sa barbe

qu'à la condition de laisser sans poil son entrecuisse.

Souviens-toi de sa splendeur

au temps heureux de sa jeunesse en fleur

quand sa beauté lui gagnait tous les cœurs

et encore, je ne t'avoue pas tout ... »

 

POURQUOI ?

Pourquoi je donne deux dirhams à l'adolescent

Et un seul à l'eunuque ?

Parce que le jeune homme a deux noisettes

Au milieu du champ où il fait paître sa brebis !

 (Traduction et arrangement : Djamel Mamed)

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