Non. Il faut trouver un centre d'intérêt pour chaque individu et le développer au maximum en lui permettant de s'épanouir au service des autres. Ce centre d'intérêt est souvent rien d'autre qu'un vice, une passion. Cette situation ne doit pas nous scandaliser . Au contraire, elle doit nous emballer : elle est humaine. Il faut découvrir ce vice pour le transformer en vertu et l'orienter au service des autres.
Pour être un homme, il faut être au-dessus de la morale sexuelle actuelle , car celle-ci naît d'un complexe d'infériorité, de la mésestime de soi , d'un problême sexuel social . Elle nous ment quant à ce qu'est l'homme dans sa " toute réalité" ( i.e. peu de chose). Il faut cesser de regarder le monde avec des yeux de moraliste -- la morale est moins importante que l'humanisme, elle est même souvent contre-nature -- . On doit concevoir la sexualité avec des regards scientifiques , selon la vision de l'enfant qui ne cherche ni à la condamner , ni à la changer, mais à la comprendre et y boire dans tout ce qu'elle apporte de beau et de valable.
L'homme n'évolue pas, il est logique et conséquent dans les relations internes de son acquiescement, d'où la sagesse est de ne rien juger quand on ne sait pas de quoi on parle. Les religions devraient se taire quand il est question de sexe. Cela implique de voir les choses sans se prendre pour d'autres . Quand on veut sauver peu, on risque de tout perdre. Il faut essayer de sauver le maximum, sans craindre de perdre un peu.
J'écrivais de telles réflexions quand entra mon petit lycéen. Il était plus beau que jamais. Il s'approcha le sourire aux lèvres et commença à se déshabiller en criant :
" La société est morte "
" Vive la mort !" " Vive le vice !"
" Vivons puisqu'il faut vivre ! "
Et tous les deux aux Indes, en silence , nous avons répété le rituel de l'amour devant les bouddhistes qui criaient " Faisons du karman pour revivre. Un jour, le paradis sera sur terre. La bête mêne ; laissons-la mener jusqu'au bout et essayons de la mettre au service de l'Homme. Aujourd'hui, le paradis terreste est revenu parmi nous. "
VIVE LA VIE !
Pour échapper au sommeil de l'amour, il faut assez aimer pour le briser, mourir et jouir de cette amitié qui est cent corps et cent sexes.
Le problème primordial est la communication et les moyens à prendre pour évoluer de l'homo-vicièr à l'homo-contemplore. Il faut chercher ce qu'il y a de valable pour que même les défauts de la société ne nous arrêtent pas; mais au contraire nous incitent à créer un monde où la Connaissance et l'Amour banniront la violence et l'injustice . Un monde où l'on s'élèvera au-dessus de tout ce qui nous sépare en tant qu'hommes et engendre la violence et la haine.
Je me rappellerai toujours mon retour. Je vivais de ses lèvres et de sa voix quand pour la première fois quelqu'un me disait en m'aimant :
" Cela n'a pas d'importance, moi aussi j'ai eu des démêlés avec la justice des hommes. Tu n'es pas aussi mauvais que tu le dis."
Je vivais ces minutes où , pour la première fois de ma vie, après avoir baisé je sentais le besoin de me taire et de vivre que de mes yeux, mes oreilles, mes mains, mon corps entier pour ne percevoir que lui : pour mourir et renaître par lui. J'expérimentais le mot PASSION.
Cet état, pour la première fois loin de me faire honte, créait en moi un seul désir : recommencer , le revoir et me donner complètement, à jamais, à lui seul.
La religion ne me condamnerait plus intérieurement. Au contraire, je priais pour le revoir en me disant qu'il est impossible que Dieu condamne le bonheur et l'amour : un être aussi parfait et aussi ami ne peut juger l'homme avec notre intransigeance humaine. L'enfer ne m'effrayait plus. Même si c'était par elle que je devais le revoir, cela n'avait pas d'importance. J'étais prêt, pour la première fois, à me damner pour un autre. L'argent dont j'étais privé depuis cinq ans n'avait plus d'importance ; je travaillerais, j'expérimenterais mes forces pour lui plaire. Tout n'était plus que Daniel. Je l'adorais. C'était pour la première fois la seule certitude de ma vie. Je voulais vivre. Vivre pour lui, vivre par lui. Vivre ! Vivre! Vivre! J'avais agonisé cinq ans pour cette journée et j'étais prêt à agoniser cinq nouvelles années pour la revivre.
Par lui, j'apprenais que malgré les lassitudes de la vie, tant et aussi longtemps qu'il existera sur terre deux êtres qui dans leur coeur portent cet amour vrai , cette sublime minute de reconnaissance qui donne à elle seule un sens à la vie, il est impossible que l'humanité disparaisse. La vie vraie est possible et il ne nous reste plus qu'à trouver un moyen qui, je crois, est la vérité et la franchise pour que cette vie vraie ne soit pas qu'une journée dans notre vie, mais le Bien permanent. Le véritable langage est le silence dans l'admiration d'un monde qui vit en nous. Les mots sont un mur et les yeux, le corps , le véritable organe de la parole. J'apprenais la mort en moi de l'homo-vicièr et la naissance d'un monde nouveau : l'homo-contemplore où , dans la connaissance de soi et de l'autre , les hommes apprendront à vivre réellement heureux dans la non-violence et la justice sociale.