Policier 2
Tiens, Frank , y va te donner un beau gros suçon.
Policier 5
J'en veux pas , bon !
Il frappe sur le plancher avec son poing.
Policier 2
Je vais le dire à mon frère, le maire, que vous me persécutez. Vous verrez. Il vous fera ravaler vos paroles.
Policier 4 (les poignets cassés)
Mais non, voyons ... viens , viens, viens !!! Je vais faire le cheval, moué. Tiens, voilà.
Il se place en cheval.
Policier 4
Dis-toi que t'es le plus grand, le plus beau des Gr, que t'es dans les parades. Le premier en avant.
Le policier embarque dessus, en reniflant. Il se tient par une seule bretelle.
Policier 1
T'es heureux , là. Tu le diras pas à ton frère, hein, qu'on ri de la RCMP, hein !
Le sixième policier se promène. Il court, imitant un cheval, alors que les deux autres font semblant de le poursuivre avec des lassos.
Un nouveau policier s'avance à droite et crie :
Prenez vos airs de cochons. Je pense qu' y arrive un client.
Tous les six, gros gaillards, avec des gueules de chefs de mafia, reprennent le travail quand rentrent deux autres "boeufs", pas plus jolis, tenant sous leur bras, pendant , un jeune gros, un gars bien oridnaire, habillé d'un drapeau du Québec. À côté du bureau, un Indien sidéré de peur , planté droit comme un poteau regarde , l'autre prisonnier, à l'autre bout qui vient d'être déposé sur le plancher par les deux policiers. L'Indien observe sans mot dire ... c'est ainsi, en silence, qu'étudient les Indiens
Policier 1
D' you qui ' te ' sort , celui-là ?
Les policiers se regardent , haussent les épaules ...
Ensemble
Nous ne le savons pas, nous .
Un des nouveaux
Faites attention , stun dur ... y vient de défoncer une vitrine.
Les policiers se grugent les ongles.
Ensemble
Stun Québécois ? Le Royal 22è régiment ? Le régiment de la Chaudière ?
Ils se frappent trois fois la poitrine avec le bout de leur pouce.
Un des nouveaux policiers
Oui ! Pis yé dur. On a eu beau accélèrer avec eux dans le panier à salade, tourner d'un coup, les entendre se péter la tête dans les bords, ils ne sont pas assomés
Les policiers
WOW ! tenons-nous en gang , ce sera moins dangereux.
Le numéro 1 s'approche du Québécois, le touche du bout des doigts, le gars tombe parterre, après avoir posé sa guitare et sa flûte sur le comptoir. Le policier recule. Il tremble de partout.
Le policier
T'es certain qu'il est dangreux ?
Un des nouveaux flics
Bien sûr, mais plus maintenant. On lui a donné quelques dizaines de coups de poing dans le ventre pour qu'il ait l'air stone quand on a pris sa photo, Ça paraît mieux quand tu déposes contre lui en cour, le juge est plus sévère. Tu sais que les autorités municipales veulent débarrasser Vancouver des Québécois et du pot pour laisser libre cours à la mafia asiatique et à l'héroïne. Ça paie plus. Faut en profiter.
Policier 1
T'es brillant , toi, c'est pas pour rien que t'es rendu capitaine ...
Le policier
C'est surtout parce mon frère est conseiller municipal...
Premier acte
Scène 1
Une moitié de scène. U grand comptoir, avec à droite, une armoire. Sur les murs des photos de la reine partout, alternant avec des photos de la GRC et de chevaliers en habit de fer moyenâgeux. Derrière le comptoir , deux autres policiers.
Les policiers laissent leur place, se ramassent devant le comptoir et commencent à danser :
En groupe
Une, deux ... cha cha cha
Une , deux ... cha cha cha
Policier 1
C'est-y pas plate à soir ! Pas d'arrestation. Vous avez bien fouillé tous les jeunes, dans tous les restaurants et toutes les tavernes ? Vous avez pris la précaution d'interroger tous les cheveux longs, tous ceux qui ont des bagages ? Rien ? On manque de stock ... le marché de la dope est à sec à Vancouver. Il nous manque des labos pour avoir plus de MDA.
Policier 2
Attends ! Ça va s'arranger . L'été arrive , les Québécois aussi. Il va y avoir du pot en circulation. Des amendes parce qu'on ne respecte pas les feux de circulation, des descentes inutiles, quelques gueules à péter. Fais-t-en pas , mon Noir, les Québécois y vont y voir. Cette race de rats ne sait que gruger la loi, ne respecte rien, pas même notre belle Queen. J'aime ça ...
Il est hystérique ...
Policier 2
... quand il y a des Québécois, ça me permet de frapper. Wow ! Wow! Wow! (plus fort) Wow! Wow!
Il se frappe dans les mains, jouit des yeux et tombe sur le cul.
Policier 2
Qu'il est beau ! Qu'il sera grand le jour où les chars d'assaut sur les Plaines d'Abraham feront trembler jusqu'au Rocher Percé. Un monde coats to coast anglais. Aussi anglais que le policier de Calgury, vice-président de l'Association francophone. Qu'il sera bon de frapper aussi fort que l'escouade anti-émeute de Montréal. O mon très cher Canada ! Grenier du pot et de champignons magiques. Terre ydillique de mon maître Jésus
Tous les policiers
Amen !
Ils se mettent à genoux et récitent:
Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer même si ça coûte cher en beau joual vert.
Les policiers se relèvent.
Policier 3
J'ai couché , hier , avec le ministre de l'Injustice. C'est tout un homme , même si y a pu de gun. Y en a pu besoin. La mafia va le protéger alors que son gouvernement va défendre, la langue des Italiens immigrants... Chia Chia Chia ! ... l'anglais évidemment . C'est tout un deal. Le gouvernement protège la mafia et la pègre protège le gouvernement. Il faut concéder aux français que leur langue les sert très bien...pour faire l'amour.
Tout le monde rit. On se garoche parterre. On frappe sur le plancher à coups de poing. Un policier se relève et entonne, après avoir un peu turlutté :
Le cheval fait le tour de la montagne
la montagne fait le tour du cheval...
Policier 3 ( plié en deux)
Quelle coulture ! Quelle coulture ! et dire qu'on se casse la gueule dans les rues pour conserver un folklore aussi bête.
Il se tord de rire, mais un autre flic s'amène devant lui. C'est le plus grand, le plus fort, le numéro cinq. Il tire un petit cheval en bois. Il s'arrête , se met à l'attention, se cire les mourstaches.
Policier 5
Cesse de te teurdre sans-dessin. Tu ne te rends pas compte que tu profanes ainsi le groupe le plus brave, le plus intrépide, le plus intelligent du monde -- 42 de quotient intellectuel de moyenne -- Tu ne reconnais pas dans ta chanson de Wellie Lamothe, les héros de notre histoire, ceux qui courent les esquimaux, qui font fumer les puits de pétrole du Nord, les indiens qui déterrent la hache de guerre parce qu'il ne veulent plus se contenter du bien-être social pour boire dans nos tavernes, nos braves RCMP, Royal Canadian Mounted Police, qui viennent à peine de fêter leur 100è anniversaire de fondation et échapper à un scandale politique en Alberta. Ceux auxquels j'aurais aimé appartenir, mais dont je n'ai pas pu n' ayant que 22 de QI. Comme si c'était de ma faute si mes parents sont Japonais. Je hais les jaunes comme les rouges et encore plus les Québécois.
Il se met à pleurer alors que tous les autres policiers l'entourent.
Mais non ! Mais non ! pleure pas mon gros nounours...
Les polciers essaient de le consoler.
© Tous les droits réservés
jean simoneau 2009
Fuck la reine est une pièce de théâtre écrite dans les années 1970. À cette époque, les gens de l'Ouest du Canada détestait les Québécois. Ce texte visait à dénoncer ce fait ainsi que la visite du ministre de la Justice du Québec, à Vancouver : il se vantait de ne pas avoir peur du FLQ parce qu'il portait une arme. On a appris depuis, grâce au rapport d'une commission d'enquête créée par le gouvernement du Québec , l'enquête Keable, que la Gendarmerie royale du Canada avait investi le mouvement sécessionniste à un tel point qu'il y avait plus de policiers terroristes que de vrais terroristes. On se rappelle que la police fédérale avait, entre autres, brûler une grange, voler la liste des membres du Parti Québécois. Un de ses agents, l'agent Samson, a sauté par accident, en allant porter une bombe. Ainsi, les fédérastes se servaient du FLQ pour essayer d'enlever de la crédibilité et de la sympathie au Parti Québecois. Les Québécois sont fondamentalement pacifiques.
À l'UQAM, (université à Montréal), une de mes professeurs en scénarisation m'avait répondu bêtement, laissant croire que je pouvais avoir rencontré des policiers. Mon intégrité en prenait pour son rhume, d'autant plus que je sortais de prison , croyant que la raison fondamentale de ce geste , un coup monté , était carrément de nature politique. Ce n'est que plus tard, une fois que j'ai eu allumé qu'elle précisa son insinuation. Puisque j'étais considéré comme un des radicaux encore reconnu comme tel, il était inévitable que l'on ait fait passer un policier pour un felquiste pour essayer de me tirer les vers du nez., d'où sans le savoir j'aurais rencontré un policier. C'était un des exemples qui s'imprima dans ma mémoire quant à la malhonnèteté intellectuelle d'une personne. Elle aurait dû s'expliquer immédiatement plutôt que de me laisser chercher comme un fou à quel moment j'aurais pu faire cette erreur.
Dans le fonds, je me rends compte que j'étais probablement paranoïaque. En quoi, un gars sans statut particulier comme moi, pouvait bien intéresser la police fédérale ? Pourtant , une quinzaine d'année plus tôt, j'ai perdu mon emploi comme professeur à la suite d'une intervention de la policie qui avait ressortir des faits tirés de nos conversations de taverne alors que l'on était probablement surveillé, plus de 15 ans plus tôt. Ces faits m'ont permis de prendre conscience que la police politique est aussi sale, sinon plus, que la pègre.
Aujourd'hui, j'aimerais bien être assez riche pour me rendre aux Olympiques à Vancouver. C'est un bout de pays extraordinaire à visiter. Si vous avez une chance de vous y rendre, ne la manquez pas. Je suis certain que cette fois on fera un gros effort pour mieux nous recevoir. Si j'avais l'argent, je m'y rendrais volontiers... Chose certaine, ça coûterait moins cher aux Canadiens qu'en coûtera le venue du Prince Charles... Bienvenu s'il paye son voyage... le Canada est supposé être indépendant de la Couronne britannique... depuis le rapatriement de la Constitution...


À son arrivée à la cuisine, le chef du département fit demander Maurice. Furieux, celui-ci lui annonça qu'il passerait les prochains trois mois en réclusion, c'est-à-dire dans une cellule, sans aucun autre accessoire que le lit.
-- We are not here for nursing , but for working and a pig like you ...
Même s'il était déjà acquis que bientôt il aurait sa vengeance, étant tombé dans l'oeil du gouverneur de la prison, Maurice ne put tolérer cette nouvelle offense à sa dignité humaine. Il saisit un couteau et transperça son adversaire qui s'effondra , grimaçant, devant lui. Un bruit sourd retentit. Maurice sentit une vive douleur à la nuque. L'image de sa famille lui traversa l'esprit et il s'écroula sur le plancher alors qu'un sergent clamait :
-- Too bad ! We won't have a show tomorrow !
La nouvelle fit le tour du camp et à travers les murmures, on pouvait savoir que la révolte étant proche, qu'elle s'organisait patiemment et qu'elle éclaterait comme une bombe. Tout y passerait et la vengeance serait à la mesure de l'humiliaition subie.
Les deux morts précipitées firent sur la santé d'André l'effet d'un véritable coup de massue. Il commença à se terrer dans sa Bible. Il craignait la vengeance de Dieu qu'il identifiait dans les signes extérieurs , qu'il aurait imputé en temps normal au hasard.
Persuadé que Dieu le pourchassait parce qu'il était francophone, il commença à apprendre l'anglais avec acharnement.
Un dimanche midi, il se leva et commença son sermon :
-- Maudit français ! Race de putains ! Crevez pour que s'achève la malédiction du Seigneur. Le Seigneur est bon. C'est vous , charognards , qui avec vos Rimbaud, Verlaine, Simoneau, semez le mal que Dieu doit extirper par le feu et le sang. Repentez-vous !
Avec la verve qu'il y mettait, André fut conduit en cellule : les Anglais croyaient y avoir entendu une exhortation à la rebellion. Les gardes le laissèrent alors que dans les couloirs résonnait :
-- Vous ne pouvez m'enfermer, me tuer, je ne cesserai pas de prêcher la parole de Dieu. Je suis la Vie, la Vérité, le pénis gonflé de l'univers.
Le lendemain, André fut exécuté devant ses compatriotes.
Claude retourna à sa chambre complètement découragé. Pourtant, il fut le seul à voir la rebellion et l'écrasement de Dead City.
Cela survint bien longtemps après qu'il eut perdu espoir, après avoir accepté sa propre mort pour vivre « sa liberté».
Tiré de Mario
ISBN: 2-9807943-3-3
Prison de Bordeaux, juin 1975
© Tous les droits réservés
jean simoneau 2009
ISBN :
Maurice fut affecté aux services de la cuisine. Il y travaillait du matin à huit heures, le soir. Le directeur de ce département le méprisa dès la première journée, mais ne put mettre à exécution tous ses plans d'humiliation puisque, durant de longs moments, le commandant du camp venait le regarder travailler. L'oficier ne parlait jamais, souriait à quelques rares occasions.
Ça n'empêcha par Maurice de voguer aux travaux les plus vils : vider les vidanges, nettoyer poêles, tablettes, toilettes, etc. Tout ce qui était désagréable à faire lui retombait automatiquement sur les épaules. De plus, le directeur du département trouvait toutes sortes de moyens pour l'écoeurer. C'est ainsi qu'il se mit à exiger avec entêtement que chacun, même entre Québécois, se disent « sir » , comme il l'avait appris dans l'armée. Ce sadique psychologue trouva moyen d'exiger que le lit de Maurice soit soigneusement fait , le matin , même s'il était seul à devoir à se plier à cette règle.
Pendant les inspections sanitaires, il trouvait moyen de faire parader Maurice , nu, jaune de gêne. Question de se rincer l'oeil. Un jour, ayant refusé d'appeler un compagnon «sitr» arguant, selon la Charte des droits de l'Homme, que cela était contraire à sa religion, Maurice fut obligé de laver le plancher durant une semaine à quatre pattes avec toutes les demi-heures, un directeur de service qui venait trouver une tache, l'obligeant à tout recommencer.
Heureusement, le dimanche, Maurice ne travaillait pas. C'était la vie communautaire à trois puisque Daniel ne participait que très superficiellement aux activités du groupe qui, elles n'ont plus n'étaient pas tellement variées : marcher en bavardant, jouer aux cartes, faire des exercices physiques. Bientôt , les copains de chambre apprirent à créer un genre de petit carnet mondain où les amours du camp, le passé des autres prisonniers et surtout leurs habitudes, étaient largement discutées. Puis, petit à petit, chacun entrait un peu plus dans la vie privée de l'autre, laissant tomber un pan de mystère sur leurs pensées et leurs préoccupations. Cette nourriture médisante était d'abord si graduelle qu'elle n'était pas dangereuse. Parfois, quelques-uns , histoire de s'amuser jouaient aux travestis. Mais il ne fallait pas faire de bruit, le plaisir étant aussi mal accueilli que la violence.
Par ailleurs, Claude était fatiguant avec sa vantardise comme s'il avait besoin de se faire rassurer sur sa sincérité ou de ses possiblités psychologiques. À l'entendre, il aurait pu à lui seul faire trembler l'empire britannique. Cette estime de lui-même, ce narcissisme , n'était certes pas étranger à sa paranoïa. Il avait si peu confiance en lui qu'il devait se vanter pour ne pas se détester et oublier ainsi sa soif d'auto-destruction. Après un flot de paroles commençaient automatiquement ses troubles de conscience , à savoir s'il avait trop parlé, si son interlocuteur n'était pas un mouchard. Ne sachant pas ce que c'était « de trop parler», ces moments devenaient de véritables tortures morales presque impossibles à surmonter et qui, ne l'étant pas, ne pouvaient faire autrement que de le gonfler encore plus d'orgueil. Il soupçonnait tout le monde comme s'il avait été un officier du maquis, trempé dans de grands secrets. Pourtant, il n'était qu'un beau parleur, presque intérieurement et intellectuellement vide, ce qui amenait plusieurs à ne plus s'intéresser à lui après quelques discussions.
Ce vingt-deuxième dimanche se passa sans grand intérêt. Maurice et André s'étaient couchés tout l'après-midi alors que Claude et Daniel avaient discuté de la Bible. André soutenait la bonté de Dieu alors que Daniel essayait de lui faire comprendre que la religion sert à exploiter les peuples et maintenir les tyrans au pouvoir, grâce à la culpabilité et au masochisme que l'aliénation engendre.
Le lundi matin, Daniel était malade. Il crachait le sang et perdait souvent conscience. C'était une suite logique de l'état pitoyable dans lequel il devait travailler. Trop de poussière.
Maurice prit le risque d'un retard et s'attarda à éponger le front du malade jusqu'à ce qu'un médecin arrive, juste assez vite pour constater le décès.
© Tous les droits réservés
jean simoneau 2009
