Il y a des guerres pour créer des frontières. Des frontières, des divisions, des catégorisations pour empêcher les hommes de s'aimer; car si tout le monde s'aimait et s'entraidait, ce serait la catastrophe pour les capitalistes, communistes, exploiteurs de tout acabit : il n'y aurait plus de guerres.
La vie aurait fait peau neuve. Il n'y aurait plus de misère ...
Aujourd'hui, la vie est comme un bol de navets. Rouge. Elle ne coupe jamais la faim. Tu dois en manger , car si tu t'obstines à la refuser, nous pourrions te soupçonner de ne pas aimer les marinades.
Que veux-tu ? Nous avons qu'une vie à vivre. Il faut la vivre jusqu'au bout. Aime ça ou pas !
Tu te réveilles un bon matin ... avec le soleil ... autour de toi ... dix affamés de soleil ... et pourtant, il n'y en a qu'un.
Tu viens de naître, tu regardes en haut pour la première fois : deux bidons de lait. Formidable ! mais tu ne les a pas encore touchés qu'un grand maudit viens te crier :
-- Tu ne laisseras pas ce petit monstre te tâtonner ! C'est fini. Tu es condamné à boire du lait en poudre.
C'est pas grave. Monter, descendre, avancer ou reculer, c'est ridicule, mais c'est ainsi qu'on apprend.
Tu grandis. Tu ne peux pas t'en empêcher. Tu désires faires des enfants. Tu as mûri, tu as durci. Tu te trouves bien important : tu fais des choses que tu ne pouvais pas faire ...
Par exemple, tu te lèves à huit heures du matin. Pas une minute de plus. Tu serais en retard à l'usine. Jusqu'au jour où les patrons se rendent compte que tu es en retard sur les machines. Ils te congédient. Ils te remplacent par une machine. Tu ne dis pas un mot. Tu seras plus important. Tu seras assisté social. C'est la seule profession où l'homme à sa place garantie. L'homme pour l'économie, c'est un embarras.
-- Tu congestionnes l'économie quand tu n'es pas un profit .
Les journaux le crient tous les jours. Les autorités perdent la tête et te vendent à l'enchère. Tu es devenu un oiseau migrateur. Tu recommences jusqu'à ce que t'aies ton voyage. Tu t'inquiètes. Tu te demandes pourquoi on a pas songé avant de ne créer que des machines ... ça demande moins d'entretien qu'un ouvrier ...
Pour oublier, tu prends une dose de drogue et tu te promènes. Tu rencontres toutes sortes de gens. Xénéphon, le premier ; le brave d'entre les braves.
La semaine passée, il s'est levé dans une assemblée. Il a dit à tous les assistants :
-- Je suis écoeuré !
C'est un avant-gardiste. Il s'est rassis et il n'a pas dit un mot depuis. Il ne sait pas pourquoi il est écoeuré. Il n'a plus rien à dire. Il est dépassé.
Xénéphon a bien voyagé ... dans le temps ... c'est un bouddhiste. L'autre jour , il racontait sa plus belle expérience : celle de vache sacrée.
Il demeurait alors à Bombay. Xénéphon se promenait dans les rues comme un roi. Vache orgueilleuse et un peu malicieuse, il s'emmerdait de ne jamais avoir de problème ou de ne jamais jouer avec les autres.
Il entra dans un grand magasin et s'amusa à jeter parterre toutes les étagères. C'était un magasin de fusils. Le propriétaire était à genoux devant lui :
-- Ma belle Xénéphon , je t'en prie par tous les dieux va faire ton carnage ailleurs.
Xénéphon rigolait. Il avait antérieurement vécu en Amérique. Dans le temps, il était chrétien et croyait dans la puissance humaine.
L'homme était à genou devant lui et l'implorait. Xénéphon savait très bien que la pauvre marchand serait trop bête pour lui tirer dessus. Il s'est retourné, il a levé la queue et il est reparti en disant :
-- Toi, mon vieux, tu ne peux pas en faire autant.
Xénéphon avait la tête dure. Il voulait absolument libérer son peuple de la religion.
Il s'est rendu rue Principale, rencontrer ses compagnes.
-- Mes amis! Vive la révolution ! Vive les Indes libres !
L'humanisme vaincra. Et cessera mon pi d'être délaissé. Et de la chaleur manuelle s'envolera ma vessie-blocus-manus comme le froid sibérien , sous le couvercle automatique des fournaises de l'enfer, pour nourrir ceux que la sècheresse a déjà attrappés.
Toutes les vaches se sont agitées. Plusieurs ont promis de la suivre dans sa révolution : Nourir à tout prix.
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jeansimoneau 2009
Tout était devenu miraculeusement facile d'exprimer, de sortir enfin, ce que j'emmagasinais depuis mon enfance. J'ai même fait des aveux, aveux que je refusais toujours même de penser à livrer. Ils étaient bloqués, là, je les sentais toujours comme une boule à l'estomac, à chaque fois que j'essayais d'aimer, mais cette fois, ce n'était pas pareil : je les rendais plus facilement , agréablement même. Peut-être était-ce qu'à chaque mot , Daniel semblait plus près de moi. À chaque seconde qui passait, nous étions plus liés l'un à l'autre. Je lui donnais tout ce qu'il m'était possible d'offrir. Je cueillais des images;: ses yeux, sa mèche de cheveux blonds pendue sur son front et son merveilleux petit corps nu, étendu sur mon lit.
J'ai tellement goûté ces minutes ! J'ai oublié le travail, au risque d'être encore une fois chômeur et encore une fois en prises avec des problèmes financiers.
Tout à coup, il décida de se rhabiller et de s'en aller. Si soudainement, comme s'il venait de recevoir un ordre. Il était las, disait-il. Il me promit un retour prochain et il m'embrassa. Il le faisait cette fois avec passion. Il me fixa dans les yeux et il me dit fièrement :
-- Merci ! Grâce à toi, ma vie d'enfer est devenu durant quelques heures une visite au paradis.
Il me sembla à nouveau éprouver du dédain ou était-ce moi qui sans le savoir projetais ma culpabilité noyée dans le bonheur ? Je n'avais pas encore échappé à mon éducation.
Il branla le nez, l'essuya et sortit.
C'est alors que pour la première fois, j'ai choisi un surnom pour me le rappeler : "Le passif".
Il ne revint plus. Je le cherchai partout. Pour le revoir, je publiai même un recueil de poèmes incriminants, en espérant que le système judicaire dans sa folie m'arrêterait. Ainsi, je le retrouverais car je le forçais à venir témoigner... j'étais prêt à tout pour le revoir. Daniel fut ma première passion.
Montréal
1973

C'était un chérubin ! Sa peau un peu brunie, très peu, semblait si douce que je voulais la toucher -- j'ai toujours eu regards et touchers très perspicaces--. Une mèche blonde coulait au-dessus de ses yeux, et adorablement , il s'amusait à en détourner le cours, la remontant un peu sur son front du revers de la main. Il était adorable. Une passion de désir ambulante. Et moi qui ne peut dans ces cas retenir mes élans vers ce qui me semble si féérique, si beau, j'engageai la conversation. Question de s'entendre sur le coût du partage. Nous nous sommes d'abord rendus dans les toilettes du restaurant Barkoof, sur la rue Peel et nous nous entendîmes à voir le plasir qu'on y prenait que notre rencontre valait plus que ce simple échange passager. Nous sous sommes donc rendus à mon appartement sur la rue Joliette. Tout au long du trajet, un silence de désert régna entre nous, mais nous avons échangé une fusillade de sourires. La complicité rayonnait dans nos visages.
Chez moi, tout fut vite fait ( L'amour à la canadienne, pressée , mais avec beaucoup de fureur à l'ouvrage). Il semblait dédaigner toutes mes caresses, ce qui m'intriguait beaucoup. Ce n'est que plus tard, beaucoup plus tard, que j'en connus la raison.
-- Daniel, tu es divin. J'aime tant tes cheveux et ta bouche. Tu n'aimes pas les garçons ?
-- Non, je suis indifférent. Et toi, tu les aimes ?
-- C'est évident, il me semble.
Je souris. Même s'il avait été Satan, puisqu'on nous enseigne que l'amour est mauvais, je l'aurais quand même aimé à cause de sa beauté. Je ne me lassais pas de le regarder, de le dévorer des yeux. Puis, en posant ma main sur sa cuisse , je frémissais.
-- Comme c'est curieux , me dis-je, je ne sais que dire. Comme je suis tarte en amour...
Et, de temps en temps, je lui passais l'autre main dans les cheveux, sur sa main ou son bras. Je me sentais affreusement gauche. Je m'avançais et je lui volais un baiser. Il grimaçait.
-- Ça me fait mal quand tu grimaces ainsi. J'ai l'impression que tu n'aimes pas ça.
Il sourit.
-- J'écris des poèmes. Tu veux les voir ?
Et, je lui montrai mes écrits, tout en lui expliquant les circonstances. Pourquoi je les avais écrits,les correpondances et les résonnances de chacun en moi. Il écoutait. J'avais l'impression de l'embêter, comme à tous ceux à qui je les montrais d'ailleurs. Alors, je reverrai le tout. Ils ne doivent pas être bons. Je ressentais une drôle d'obsession : écrire un poème sur lui. C'était tout un problème puisque depuis cinq mois je n'arrivais pas à écrire, même pas une ligne valable. J'avais tout abandonné, et là, soudain, ce besoin sourdait en moi. " Je dois le chanter. Il est trop beau."
J'essayai d'engager la conversation.
-- Tu es bon en classe ?
-- J'ai passé de justesse. Je n'aime pas l'école.
Sa réponse me déplut. Je voulais aimer un garçon très intelligent, plus intelligent que les autres, mais il était si joli.
Je l'embrassai. Il grimaça. Il remua le bout du nez.
-- Je t'écoeure ?
-- C'est ma première fois avec un autre garçon.
-- Je suis peut-être un peu trop vieux pour toi ? Tu le regrettes peut-être ?
Il haussa les épaules.
-- T'es fou . J'aime bien ça, au contraire, mais je ne te trouve pas assez vicieux . Et toi ?
-- Tu es si beaux. Je voudrais, vois-tu, aimer quelqu'un, pas juste une aventure d'un jour. Pas comme on aime d'habitude. Je voudrais te voir souvent, te passer la main dans les cheveux et t'embrasser aussi souvent que ça me le dit, pas de bestialité ou du moins très peu souvent, Je voudrais t'enseigner la poésie, ce que j'aime apprendre. On sortirait souvent ensemble. C'est malheureux nous avons pas les mêmes goûts. On aurait pu suivre des cours, aller au concert, au théâtre, au cinéma, ensemble. Je cherche un ami plus qu'un amant.
Et, alors, avec ses quatorze ans, il me parla de ses parents séparés,de la bicyclete espérée, de sa future deuxième mère, de sa vocation prochaine d'aviateur. Je le regardais. J'étais un peu nerveux, comme délivré d'une longue nuit qui aurait enfermé tout mon être jusqu'à ce jour. C'était bon . J'étais libre. Je ressentais pour la pemière fois ce bien-être quasi-divin d'être ce que je suis vraiment, sans fard, de pouvoir communiquer vraiment avec quelqu'un, de pouvoir quand je le voulais m'approcher et l'embrasser. J'étais délivré. C'est avec ivresse que pour la première fois de ma vie, je disais à quelqu'un le portrait que je me faisais de moi et comment je sens le monde qui fourmille autour de moi. Il m'écoutait, sourire aux lèvres et les yeux éblouissants; je goûtais de tout mon corps, ce petit être.
C'était un dimanche après-midi de juillet 1967. Je m'étais levé à la course, comme toujours, pour me rendre au travail dans un club à gogo, le Métropole, sur la rue Ste-Cahterine, à Montréal, où j'étais desserveur de tables pour l'été, un emploi d'étudiant en plein dans mon élément... puisqu'il y avait de la musique, des danseuses, de la boisson , de la vie , quoi ! Et, secrètement, des hommes pour me reluquer le derrière ... la passion de vouloir être désirée. Mon petit côté femelle...
Dehors, tout était calme, si naturel, j'étais loin de me sentir vivre une des plus belles expériences de ma vie. J'étais fatigué et je me fouttais de tout. Je sommeillais dans l'autobus, comme souvent vu faire les ouvriers se rendant au travail. Il me semblait alors participer au drame du pauvre manoeuvre, comme disent les littéraires, et je riais de cette prétendue misère qui, loin d'être accablante est le lot de presque tous les humains exploités ... il faut bien gagner sa vie ... parfois les maîtres en littérature gagnent moins que les ouvriers, car ils sont sans emploi.
Puis, j'entrai dans le métro ... Une descente aux enfers ... bien amusante, ce qui prouve que l'enfer n'est pas fait pour l'homme, celui-ci étant encore plus à l'aise dans la nature quand on ne l'a pas trop polluée. L'homme a besoin d'air et de soleil comme une fleur. Il a aussi besoin d'amour pour se développer. Tout en divaguant ainsi, j'aperçus une silhouette, très bien tournée, blonde et ravissante. Une véritable apparition , soudaine, inattendue, inespérée, ce qu'il y a de plus beau sur terre : un ange.
Comment expliquer autrement autant de beauté, car mon attirance pour les adolescents tient bien de cette passion, de la beauté. Il avait tout pour me faire tourner la tête. En plus de la beauté du corps, il avait la nervosité de l'approche, car ce ne sont pas tous les garçons qui cherchent une aventure gaie. Quelles formes exprimaient mieux la vie ? Tout y était : la rondeur des fesses, même si enculer m'écoeurre, les fesses peuvent ressembler à un sein ou un pain; les proportions dans les lignes droites et en fuseaux... ce beau, ce terriblement beau moulage à l'endroit du sexe. Tout respirait la vie, la joie, le désir de plaire.
Être attiré par ce jeune garçon, c'est comme être fasciné par un tableau de grand maître. Cela subjugue, fascine, éblouit, procure une jouissance intérieure infinie digne de la plus belle prière, sans que l'on sache s'il y aura une réponse. C'est beau ! C'est fascinant ! Voilà tout. Et, comme un tableau qui nous renverse l'intérieur, qui nous pousse sans retour vers le plus beau des rêves, une musique qui nous envahit , ce corps nous invite à le toucher, le caresser, lui rendre hommage, le vénérer pour sa beauté. On veut instinctivement communiquer. Ouvrir son coeur et son esprit. Mais aujiourd'hui, la société nous a appris qu'il faut être individualiste parce que la bourgeoisie a peur de la colère du collectif, que le plaisir est condamnable et pour survivre dans ce monde de fous, il faut posséder trois qualités essentielles : être hypocrite, menteur et "crosseur"... les qualités essentielles à la réussite bourgeoise et commerciale.
Mais ce petit gars par sa seule beauté, est la pureté même , la plus belle réussite de la création, le manifeste incontestable de la beauté de Dieu. Quant à son innocense, on laisse les imbéciles continuer à confondre pureté et chasteté. Comme le disait Freud : tout individu en naissant est polymorphe pervers. Il y a bien plus de jeunes attirés par des vieux que l'on veut bien nous le dire : la vérité a toujours fait peur. La seule condition pour quel a pédréastie soit un bienfait autant pour le vieux que pour le jeune, c'est que cette aventure d'intimité soit volontaire et agréable. Qu'elle tourne en histoire d'amour.
Je le regardais sans m'arrêter, je voulais imprégner sa beauté dans ma mémoire question d'embellir la vie. Je fabriquais le portrait de son visage et de son petit corps. Chaque moment de pose s'imprégnait dans chaque cellule de mon corps pour créer des fantasmes à vivre durant des mois à me rappeler cette révélation. Une vraie poésie. Un hymne à la beauté. Il me sourirait de plus en plus. Il devinait mes désirs et y répondait par le feu de ses regards.
Me sentir ainsi découvert et compris me fit tressaillir d'encore plus de désirs.
La situation internationale mobilisa tant d'énergies qu'elle permit à Moïse, perdu dans son idéal, de poursuivre son oeuvre littéraire sans être interrompu.
Il rédigea d'abord sept cents livres sur l'art de purifier les moeurs politiques ( ça n'a pas suffi et que dire de la justice... il faudrait une éternité et tout recommencer puisque le système judiciaire est une autre forme de corruption) . Toute son attention portait sur cette recherche qui fatiguait de plus en plus Narcisse, obligé le jour de prêcher les bonnes moeurs et , le soir, son grand succès était jusqu'à date, de ramper jusqu'au sofa tenter quelques caresses à son chérubin qui, tout en faisant semblant de dormir, se tournait sur le dos en l'entendant venir afin de lui faciliter la tâche. Narcisse attendait avec impatience que Moïse découvre que la vraie vertu croit dans les caresses données avec amour...
Narcisse, privé de la manne céleste ( son autre chérubin avant onze ans et n'éjaculait pas encore) devint irritable. Un après-midi, il fit le premier cauchemar de sa carrière : alors qu'il discutait du bien-être social qui se multipliait comme un essaim d'abeilles, une femme, sous la table, lui faisait du genou. Narcisse se leva d'un bond, fonça sur la femme, blanche de peur, et lui appliqua la respiration artificielle française ... une vraie prémonition du changement global des commandements de dieu quand l'homme aura découvert que l'impureté n'a rien à voir avec le sexe, mais avec les intentions et la responsabilité...
Les menus étaient exclusivement en anglais, Moïse, pour cela quitta son emploi. N'avait-il pas franchi le porche qu'une escouade de policiers lui tomba dessus.
Une fois au bureau, les policiers prirent soin d'écarter les témoins avant de lui écarter une couple de côtes. Toute la leçon tenait à exprimer la haine envers ceux qui se payent encore le loisir de réfléchir et de rêver à la liberté.
" Ici, criaient les policiers, on parle la langue du boss et l'on travaille à ce que les boss veulent bien, grâce aux centres de la main-d'oeuvre, nous laisser accomplir pour leurs profits. Personne ne peut critiquer , il faut obéir : un point, c'est tout."
Jugé dangereux, Moïse fut fiché au cas où il surviendrait quelque chose et tout était prêt pour qu'il en survienne. La police, l'armée, les provocateurs, les boss, les poseurs de bombes à la Samson ( un policier de la Gendramerie Royale du Canada qui posait des bombes à Montréal ) , même la reine. La mafia ou la police posaient des bombes pour le même boss, le gouvernement fédéraste du Canada. La police officielle criait à la révolte. Le gouvernement informait la population d'un soulèvement en lui assurant sa protection contre les insurgés, l'armée arrivait. Un scénario à la PET. Les opposants du régime étaient liquidés ou contraints à se taire sous peine de mort. Et la paix dans l'esclavage était à nouveau assurée. Si le peuple avait eu assez peur, il suffisait de temps en temps de lui rafraîchir la mémoire, surtout juste avant les élections ... les journaux, c'est pas là pour rien. C'est pour réfléchir à la place de ceux qui n'ont pas le temps. Si un peuple peut avoir une foi aveugle dans la Providence, un bon gouvernement fasciste ne lésinera pas à lui remettre quelques biens volés pour jouer au bon papa,et ainsi le peuple croira dans la bonté de son gouvernement. C'est plus facile avec un individu... on l'achète tout simplement.
Moïse prit son courage à deux mains, s'en frotta les jambes et partit à travers la ville avec un porte-voix, criant : " Les Anglais veulent nous prouver qu'ils sont nos boss. " Il espérait peu de cette révolte, mais les résultats le renversèrent . Pourtant, la majorité étonnée se demandait : " Qu'est-ce qu'il a à se plaindre, nous sommes bien payés. Un bon steak vaut bien une langue et une culture !... Le masochisme populaire de masse et une intervention toute religieuse, dépassent souvent en résultats l'entendement même des boss... Rine n'est plus aveugle, qu'un peuple qui ne veut pas comprendre qu'il serait mieux s'il était libre.
D'autres , probablement jaloux, l'accusaient d'être un " one man show". Tout le monde lui prêtait des intentions, sauf la vraie. Voyant qu'il est impossible de sortir de chez-soi sans se faire lapider par les pro, les anti, les anté et les post, Moïse décida de changer de nom. Il s'appellera désormais : DÉSESPOIR DU SILENCE.
Et, ce soir-là, pour obéir à la folie de la décence publique, il se coucha sur le ventre... tandis que dans ses larmes, le jupitérien dans le buisson ne cessait de chanter la liberté perdue le jour où les hommes écrasèrent la conscience individuelle.
Bodeaux, juin 1975, revu en 2005
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