Inévitablement, les trois mois de prison refirent surface. Danny m'expliqua que les policiers étaient allés cinq fois chez lui pour le forcer à avouer. Les scéances d'interrogation se faisaient parfois sans les parents. Les policiers amenèrent Michel pour appuyer leurs accusations. À force de pression police-parents, Danny mit fin à ses tortures en avouant. Pendant des mois, la vie fut insupportable. Ce fut comme s'il avait tué. Il n'avait plus le droit de s'éloigner de la maison , il devait travailler du matin au soir pour chasser les mauvaises idées, et surtout , humiliations par-dessus humiliations. La mère qui pleure, le père qui rage. Heureusement, le passé avait été assez solide pour que les parents de Danny décident de ne pas le placer dans un établissement de correction comme le suggéraient avec instances les policiers. Jamais Danny n'avait eu aussi peur. Jamais il n'avait autant haï les adultes. Le temps avait bien fait les choses : Danny avait accepté le rendez-vous ; l'amitié et la curiosité l'emportèrent sur les menaces.
Danny expliqua que ses parents avaient eu à faire face à de graves problèmes, leur cinéma ayant fait faillite. Lui et son père durent travailler dans la construction pour s'en sortir. C'est ainsi que petit à petit ses parents oublièrent l'affront qu'il leur avait fait. Danny était convaincu que ses parents se seraient bien fichés de telles balivernes si ce n'eut été de l'opinion publique. Un tel scandale ne pouvait pas demeuré caché et ses parents ne pouvaient pas demeurer sans réagir et prouver leur désapprobation ne serait -ce que pour sauver leur commerce. Le cinéma fit quand même faillite, un peu plus tard, pour d'autres motifs.
Danny n'avait pas seulement vieilli de caractère, il avait aussi changé physiquement.
Il était plus grand, plus gros. Il faisait même un peu de bédaine. Il n'avait plus la finesse des muscles de François. C'était presque un homme. Il était déjà possible de tracer les lignes des muscles sur sa poitrine ; elles le découpaient de façon très élégante. Il n'avait plus sa petite graine, mais un de ces " battes" ! Sa voix était différente, plus grave. Même son comportement avait vieilli. Sa façon de plisser la bouche, de se mettre le torse en évidence. Danny n'était pas attiré par les filles. " Je t'aime plus qu'elles. J'ai souvent pensé à toi. Je croyais ne plus te revoir, ne jamais pouvoir t'expliquer que je n'ai jamais eu le choix : les policiers étaient après moi comme des mouches et si je n'avais pas cédé, je crois qu'ils seraient devenus fous. Ce sont de vrais malades. Il en entendaient jamais assez. On aurait dit que mes confessions étaient pour eux une forme de masturbation auditive. Ils jouissaient à chaque fois que je disais le mot " crosser". Et ils se font appeler l'escouade pour la protection de la jeunesse... quelle merde ! "
16
Je me suis acheté une tente, des équipements de camping et je suis parti pour le Petit Lac. Je me suis installé près de l'étang où j'avais tant joui à examiner des jeunes. J'ai essayé à quelques reprises d'entrer en contact avec Danny. Impossible. Je ne le voyais nulle part. Que lui était-il arrivé ? Heureusement, j'ai rencontré André qui me promit de faire connaître ma présence à François et à Danny.
Je dormais encore quand Danny arriva à la tente. Le coeur me battait si vite que j'ai cru en crever. Danny était là devant moi, hésitant, honteux, avec François. Jamais je n'aurais cru vivre un moment aussi heureux dans ma vie. Je les frappais d'une claque, je riais, je les serrais dans mes bras. Je les embrassais. Je ne cessais de les examiner. Peut-on autant aimer quelqu'un ? Cette ivresse se communiqua vite. Danny compris que je n'avais aucune rancune envers lui. Il craignait que je lui en veuille. Heureusement, André avait tellement voulu être avec moi qu'il avait réussi à persuader Danny qu'il ne courait aucun danger en venant me voir. C'était la félicité. Je ne sais pas qui était le plus beau : le soleil sur le lac ou le feu dans nos regards.
Comme les enfants oublient vite le passé , nous n'avons pas perdu de temps à nous décider de nous baigner et de continuer à nous redécouvrir dans l'eau. Nous avons enfilé si vite nos costumes de bain que nous n'avons pas pensé à nous réexaminer. À cet âge , quelques mois peuvent être marqués par des changements d'anatomie. Les enfants y accordent une importance capitale. C'est normal , c'est leur corps, leur fierté ou leur complexe.
Ce n'est que dans l'eau que nous avons redécouvert le charme du toucher, alors qu'ils commencèrent à me monter sur le dos pour plonger. Nous nous prenions dans nos bras et nous nous serrions. Si la force de nos muscles avait été professionnelle à celle de se fondre l'un dans l'autre, nous ne serions depuis qu'une même puissance. C'était l'euphorie. Il n'en a pas fallu plus pour que bientôt notre intérêt se porte sur ce que nous avons de plus précieux : les performances génitales de chacun. Si les adultes ont honte de leur corps, pour les enfants, une véritable amitié aboutit rarement autrement qu'à ces examens, comparaisons. C'est le summum de la communication.
Danny fut le premier à sentir ce besoin. Sur la planche servant de tremplin, Danny cria pour attirer notre attention : " Si je ne suis pas celui qui est le plus poilu, je suis celui qui a connu la plus forte pousse depuis un an. "
Effectivement, Danny, qui n'avait que quelques poils fous quand nous nous étions connus, avait maintenant le bas-ventre noirci.
" Nous nous baignons tout nus ", lança Danny avant de plonger.
La consultation fut de courte durée : un regard, un sourire. Je me suis approché de François.
-- J'aimerais te déshabiller.
-- Tu n'a qu'à m'attrapper !
Ce fut la course à la nage, le petit combat et finalement, la récompense du vainqueur. François était plus beau que jamais. Ses lignes étaient parfaites, ses fesses toutes rondes et sa peau était aussi douce qu'un chant d'amour. Je ne pus m'empêcher de demeurer sidéré par une telle fraîcheur. Il bandait comme s'il voulait m'inviter à continuer à lui faire la cour. Il faisait de l'auto-stop avec sa belle petite graine qui, bien plantée , s'affirmait en touchant le bas du ventre. François avait à ce moment une telle ironie dans les yeux qu'il aurait été possible de croire, que malgré son jeune âge, il pouvait déjà rire de la peur. Comment la mort ou la peur peut-elle susciter tant d'énergie ? François rayonnait. Le soleil se mirait sur sa peau et sommeillait dans ses cheveux. Je le serrais dans mes bras pour partager cette vie et je l'écartais pour mieux la voir. Ce n'est qu'après plusieurs minutes que je portai ma main sur sa magnifique petite graine. François était circonscis. Il plongea sous l'eau et j'esssayai de le rattraper.
Je portais encore mon costume.
" À poil ! À poil ", se mirent à crier les jeunes qui se précipitèrent à mes trouvesse. André fut le premier à m'agripper, mais c'est François qui tira le costume alors que Danny et André examinaient , impatients. Pendant de nombreuses minutes , nous avons continuer à nous baigner nus. C'est tellement plus agréable , plus reposant de se baigner nus.
Nous avons décidé de camper ensemble la fin de semaine. J'ai donné de l'argent à André qui courut au village acheter des bonbons , des liqueurs des guimauves . L'opération réussit et tous les trois revinrent avec des friandises et des couvertures. Il fut accepté de ne monter qu'une tente et que tout le monde coucherait à poil. Les jeunes étaient surexcités. Ce n'est pas tous les jours qu'ils peuvent vivre leur vie d'enfant avec un adulte, le traiter comme un égal et même souvent comme s'il était leur esclave, tant il les admire et cherche par tous les moyens à leur faire plaisir.
15
Malgré les mois écoulés, je m'ennuyais de Danny et François. L'idée de retourner au Petit Lac me hantait.
Pour éviter la catastrophe, je me suis rendu à une clinique psychiatrique. J'espérais bien m'y faire interner ou guérir. Durant deux semaines, j'ai été bourré de médicaments et interrogé de toutes les façons.
C'était la première fois de ma vie que j'étais en contact avec d'autres patients. J'ai été profondément révolté d'apprendre que les médecins utilisent encore les électro-chocs. Ce traîtement est l'oeuvre d'irresponsables sadiques puisqu'ils ont été créés quand certains se sont aperçus du changement de comportement chez les porcs dont l'électrocution avait été ratée. Les chocs ne rendent les patients qu'un peu plus hébétés.
Après deux semaines, trois médecins me servirent leur verdict : " Retourne chez toi et ne redépense plus d'argent à vouloir te guérir." Ils m'expliquèrent que j'étais assez fort pour m'en sortir seul. Ils nièrent que j'aie été masochiste à ne pas blâmer mes parents de ne pas accepter ma pédérastie : cette attitude est l'aboutissement de siècles entiers de répression sexuelle. De plus , ils affirmèrent que j'étais très intelligent , ce qui me permettait de réadapter vite. Quant à mes aventures avec les petits gars, ils m'apprirent que mon seul trouble de comportement est d'avoir réussi à me développer normalement intellectuellement ; alors que sur le plan émotif je suis demeuré un enfant , d'où cette attitude régressive et fixée à la pré-adolescence. " Sois sans crainte , tu n'es pas dangereux pour la société; au contraire, c'est elle qui l'est pour toi. Pour le moment, ton état demeure illégal. Tu ne peux pas retourner en prison, tu ne pourrrais pas le supporter."
Les pères me refusaient le monastère, les psychiatres, leurs soins, voire même leur condamnation.
La passion a anéanti petit à petit la peur. Je devais revoir Danny et François. Je devais pouvoir à nouveau jouer et rire avec eux. Rien au monde ne pouvait m'arrêter. Même pas cinq ans de prison : certains juges sont encore assez fous pour donner de telles sentences , même s'il n'y a pas de violence. Ce sont eux que l'on devrait soigner. Ces salauds qui s'occupent plus de la "vertu" que de l'humain. Cinq ans de prison et après ... je me suiciderai.
Je refusais de continuer à vivre contre " ma nature " , en hypocrite, à cause de lois vieillottes. La répression sexuelle , ne le savait-on pas , a été, d'une part, au Moyen-Âge, l'oeuvre de déséquilibrés influents auprès des nobles et des bourgeois, et d'autre part, au XVllle siècle , le siècle des Lumières, s'il vous plaît, de médecins qui, sous le prétendu couvert scientifique, avaient créé de vrais rackets et s'étaient enrichis sur le dos de la crédibilité des classes inférieures.
Quelle différence y-a-til entre ces charlatans et les pseudo-médecins actuels qui chassent les pédérastes parce qu'ils ont besoin de plus de clientèle ? La répression sexuelle est une mine d'or pour les prêtres, les psychiatres et les avocats. Il est évident qu'ils ne laisseront pas fondre ce lingot sans s'objecter. Malheureusement, ils sont trop lâches pour admettre que les pédérastes et homosexuels ont souvent des troubles de comportement à cause de la pression sociale et non à cause de leur orientation sexuelle. Qui n'aurait pas de troubles de comportement à vivre sans cesse humilié, persécuté par la pudeur maladive d'un système économique ou sans cesse menacé de passer sa vie en prison ?
Isbn: 2-7602-131-7

À mon arrivée dans ma famille, au début, personne me fit de remarque puisque presque tout le monde ignorait ce qui m'était arrivé. Si ma mère était fière de ma fièvre religieuse, mon père ne tarda pas, par ses allusions, à me faire comprendre ce qu'il pensait de mon arrestation , ce qui, chaque fois , me détruisait autant que si j'étais encore en prison. Mais, ça l'avait tellement blessé ... que c'était normal qu'il me le reproche.
Peu de temps après, je rencontrait mon directeur de conscience. Il mit un tel temps fou à s'informer sur mes structures génitales que je pensai après notre entretien qu'il n'aurait pas demandé mieux que de visualiser. Plus tard, j'ai appris que ce goût ne lui était pas inconnu et qu'il aurait eu plus de succès auprès de certains autres. Ce n'est qu'un an plus tard, en autobus , que je laissai un prêtre pour la première fois , sous le couvert d'une conversation spirituelle, me masturber jusqu'à ce que je lui demande pourquoi c'est si grave puisque bon nombre de prêtres se laissent facilement entraîner à ce qu'ils interdisent. J'ai vite oublié l'incident qui me déculpabilisa un peu.
J'avais commencé à travailler à la Dominion Textile pour me resituer dans la société. La prière et la lutte pour combattre mes vieilles obsessions rejaillirent de mon séjour en prison. Je devais combattre les communistes.
Plus pieux que le pape, je voulus même créer un mouvement semblable à El Condor, que j'appelai les Disciples de la Croix.
Un monseigneur, frappé par ma piété et mes bonnes intentions, me déclara " saint" et m'abonna à une revue intitulée " L'intelligence service" , revue qui dénonçait l'action communiste au Canada. Je lisais ces articles et j'en écrivais d'autres pour l'hebdomadaire de Magog afin de dénoncer les aspirations communistes et les syndicats. Je ne voyais pas encore qu'ainsi l'establishment se protège derrière un pseudo-danger d'infiltration communiste pour se maintenir au pouvoir et motiver une foule de guerres qui ne sont en réalité qu'une exploitation violente des petits par les gros. J'étais loin de comprendre que communisme, capitalisme ne sont que des mots, des noms, pour dissimuler la domination mondiale par un petit groupe de profiteurs ou de corporations. Comment aurais-je pu comprendre à cette époque que le système créerait de toute pièce par le désabusement un fort besoin nouveau de religion , puisque cette pratique est directement liée à la sécurité et à l'enfance, d'où l'exploitation relativement facile ensuite de l'individu par le psychisme. Non seulement il est dans l'intérêt pour le système de pousser les religions parce que la foi élimine la violence et la critique sous prétexte d'être positive, mais surtout parce que la religion permet de ne pas poser les vrais problèmes. Les gouvernements peuvent changer : les religions demeureront pour assurer que se poursuivent les mêmes hantises, les mêmes bêtises. La religion est le plus grand support de l'ordre établi et du fascisme parce qu'elle donne lieu à toute les interprétations et conduit inévitablement à l'impuissance. Toute religion est basée sur la peur et a pour fonction de situer l'homme hors du temps et de l'histoire, dans un monde qui lui fait oublier la vie vraie et ses problèmes. Tant qu'un dieu s'occupe de lui, l'individu ne peut pas songer à la rebellion. Ce n'est pas pour rien que la CIA subventionne les mouvements de réarmement moral, la go-gauche, les Jesus Freaks et les Krishna : la religion telle que prêchée fait de vous automatiquement un pécheur, d'où la nécessité de souffrir pour se purifier, on nous pousse à aimer souffrir pour être plus propre.
(Jésus devint le Superman de la révolution anti-romaine.)
Un soir, j'avais envie de boire un coke. J'hésitai, voulant faireu sacrifice, mais je sentais que qulqu'un m'appelait. Aussi, me suis-je dirigé vers le restaurant. Effectivement, un jeune garçon s'y trouvait et parlait de se suicider, découragé de sa situation financière et sociale. J'y vis là la grâce de Dieu. J'essayai de lui trouver une chambre, mais je le reconduisis finalement au poste de police local, n'ayant rien trouvé de mieux. En route, je sentis, je ne sais pas pourquoi , qu'il m'appelait et croyait que moi aussi je le trahissais. Je retournai coucher avec lui en prison et c'est ainsi que j'arrivai à lui enlever définitivement le goût de se tuer ; mais ce fut aussi la première fois que l'envie de faire l'amour à un garçon me reprit.
Je continuai de tavailler et de prier jusqu'à ce que je fusse à nouveau confronté avec un merveilleux petit gars qu'on m'avait présenté pour lui faire perdre ses mauvaises habitudes. Jamais ma saintenté ne fut aussi rudement mise à l'épreuve. J'ai commencé à rêver de lui, même au travail. Un soir , alors que je l'avais amené au cinéma pour discuter avec lui après la représentation, je fus pris de tremblements. La nature faisait son tavail et c'est sans trop m'en rendre compte que je sentis sous mes doigts une merveilleuse petite queue faire des belles, mes doigts s'étant irrévocablement posés sur le pantalon de mon jeune ami.
C'était définitivement la rupture physique avec la prison, avec la culpabilité, rupture qui se prolongerait dans le psychisme jusqu'à ce qu'elle soit globale, après des milliers d'autres tribulations et humiliations. Il était maintenant définitif qu'un jour cet amour me porterait bien au-delà , qu'un jour, j'aurais à choisir entre mes peurs et la vie, entre l'ordre et la pédérastie, pour l'anarchie ...
( Pendant 2,000 ans , le sens de la vie du terroriste-philosophe Jésus fut dissimulé aux gens. D'un libérateur, l'Église en fit un Inquisiteur.)

À mon arrivée au tribunal, j'ai été à nouveau pris de vertige. Je me sentais faible. Je me croyais sans cesse écrasé. Dans la boîte des accusés, je me contentai de regarder un crucifix en récitant un "Notre Père". Je m'arrêtai sur la phrase : " Que ta volonté soit faite" , que je répétais comme un mantra. J'étais presque inconscient, flottant dans une espèce de nuage psychique. J'entendis les autres marmotter je ne ne sais quoi. J'étais comme un étranger. Les avocats débattaient ma vie sans que j'aie un mot à dire. J'aurais cru assister au procès d'un autre, tellement je n'y étais pas à ma place.
J'étais traumatisé, bouleversé. J'entendais défiler des accusations à n'en plus finir. Ce n'est qu'une première révélation de l'avocat de la défense qui me tira de cet état. En effet, celui-ci annonça que ma mère avait communiqué avec lui, affirant qu'elle voulait que je sois libéré et qu'elle s'occuperait de moi, qu'elle veillerait à ce que je ne recidive pas. Je n'en croyais pas mes oreilles et c'est en tremblant que j'écoutais l'intervention de mon avocat. J'étais ému au plus haut point ; mais bientôt cette nouvelle se transforma en une accusation encore pire. L'avovat de la couronne que je ne connaissais pas, se mit à gueuler, affirmant que ce n'était plus le temps de penser à prendre soin de moi, maintenant que j'avais corrompu presque tout un village. À l'entendre, j'étais une véritable plaie sociale. Un danger public. Une ordure comme il ne s'en fait plus. J'étais humilié au possible. Je n'avais pas eu assez de me torturer la conscience durant deux mois, maintenant une sale gueule se plaisait à me traiter comme le pire des bandits. Je croyais perdre conscience tant je ne savais plus encaisser de telles accusations. Il me semblait impossible qu'un être humain puisse être aussi dégueulasse envers un autre être humain. Il faut dire que c'est le seul que j'ai assez haï au cours de mon incarcération pour songer à aller le tuer après ma libération. Je priais plus que jamais lorsque le juge conclut qu'ayant attaqué un jeune de seulement 10 ans, il ne pouvait passer outre; il défila une série de périodes d'emprisonnement qu'il mit concurrentielles, ce qui fait qu'au lieu d'avoir 90 ans de prison, il ne me restait plus qu'un mois ... sans que j'aie très bien compris comment s'opérait cette réduction. J'étais si reconnaissant au juge de n'avoir plus qu'un mois de prison, que je lui fis savoir dans une lettre de remerciements.
Le dernier mois de prison fut consacré à aider les autres prisonniers et se déroula sans histoire. si ce n'est un incident qui eut pour effet de m'humilier un peu plus.
Ayant toujours craint de me faire apostropher par le Gros, je prenais rarement ma douche. Aussi , plusieurs critiquaient-ils ma saleté ... Le tout prit une allure bien plus tragique après l'arrivée d'un nouveau groupe de prisonniers venant de la ville de Québec. Je m'étais mis à l'oeuvre pour les convertir aussitôt leur venue. Ceux-ci étaient bien radicaux et j'y mettais tous les efforts possibles. Soudain, tout le monde commença à me regarder de travers et à discuter de ma malpropreté. Je n'y comprenais rien, mais ce sujet prenait de plus en plus de proportions. Un soir, tout le monde d'un commun accord me saisit pour vérifier sur place si j'étais le porteur de la tribu de puces qui faisait rage en prison. Couché de force sur une table, on entreprit de baisser mes culottes. Je me suis débattu et je me suis mis à gueuler de me lâcher. Quelques secondes plus tard, on me laissa transquille puisque je n'avais pas de puces. J'aurais pleuré tant je me sentais humilié. Par contre, j'ai décidé de me laver plus souvent, le Gros partant pour une autre prison. De toutes façons, ce n'est que plus tard à force de réfléchir que je compris que ces puces nous arrivaient de Québec. Je me rappelai avoir été frappé par la fréquence d'un des nouveaux prisonniers à se jouer dans les culottes ...
Ce qui devait arriver arriva. Le mois s'écoula et j'en arrivai au moment de ma libération. Tout se fit sans tambour, ni trompette. Dehors, je me sentis perdu dans tous les sens du mot et dans toute sa force ... Pour souligner ma libération , je me rendis à l'église remercier Dieu et je partis ensuite sur le pouce pour Sherbrooke. J'étais sésuit par la beauté des paysages. De cette Beauce qui se révélait à moi. Par contre, rendu à Sherbrooke, du haut d'une colline, je compris pour la première fois, en regardant les néons, que la vie de ville était trop sensuelle pour que je puisse bien longtemps demeurer aussi chaste qu'en prison ... même le fait de récidiver me vaudrait, cette fois, cinq ans de prison.