-- Poèmes -- Journal intime -réflexions
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Posté le 05.08.2009 à 04:26

       De cette première époque à Sherbrooke, je me rappelle mon baptême de journaliste par les flics.  J'étais de service une fin de semaine.  J'ai été envoyé à Cookshire, le Grand ayant décidé que j'étais assez solide pour couvrir un prétendu meurtre.
       J'avais une peur affreuse des morts, peur que je n'ai jamais su surmonter, ayant été trop profondément traumatisé dans mon enfance par les histoires de revenants, de punition , d'enfer et de purgatoire que nous avait racontées l'institutrice en religion à la première année.  Si , servant de messe, je devais sortir de l'église pour ne pas m'évanouir en approchant des cercueils, si je n'osais pas me rendre seul dans le hangar chez  moi , craignant d'être poursuivi par les morts, plus particulièrement mon grand-père, je tremblais encore plus de devoir m'occuper de meurtre.  Bravement, je m'exécutai quand même.
      Près du cadavre, un flic, percevant mes hésitations, s'amusait à jouer avec la langue du cadavre.  C'était une mort naturelle, crise cardiaque.  Donc, un événement sans importance ...  Mourir, ce n'est pas important ;  être assassiné, c'est pas pareil :  ça permet aux policiers et aux lecteurs de ne pas s'enliser dans la routine.
      Nous nous sommes rendus à l'hôtel.  On commença par vouloir déterminer mon poids.  Pour ce faire, je devais grimper sur le dos d'un des détectives.  Me méfiant, je sautai avec une telle rapidité qu'au lieu de pouvoir me rabattre fortement un bâton sur les fesses, le préposé à ce boulot dut retenir son coup.  Après m'être fait prendre partiellement à ce jeu, ils décidèrent de se venger en essayant de m'effrayer en soutenant qu'ils pouvaient m'arrêter :  J'étais dans un hôtel, sans l'âge requis.  Je m'engueulai tellement avec eux qu'ils en étaient en christ.  Non seulement ils m'avaient fait peur, mais je les avais amenés à se faire prendre à leur propre jeu.
      Je ne leurs avais pas caché mon agressivité naturelle vis-à-vis les représentant de l'ordre , plus particulièrement la police.
     -- " Vous m'avez payé une bière, vous êtes donc aussi dans l'illégalité. "
     Avant de me donner des claques sur la gueule, le jeu fut abandonné et ils me payèrent une autre bière, me disant que je serais un bon journaliste puisque je ne m'en étais pas laissé imposer.  Avec la police, tous les gens sont des criminels.  Ils oublient que les êtres humains réagissent à la souffrance et à l'humiliation.  Ils se cuirassent contre l'homme pour ne songer qu'aux règles.
     Mon départ de Sherbrooke pour Lac-Mégantic fut très pénible.  Le syndicat ne voulait pas me défendre, puisque je n'avais pas droit de refuser une promotion.  J'étais en maudit, persuadé que je serais aussitôt congédié.
     Je soupçonnais le journal de vouloir se débarrasser de moi et ne pas le pouvoir, à cause du syndicat.  En m'envoyant à l'extérieur, je ne serais plus syndiqué et je serais complètement à leur merci.  Je figurais ainsi le raisonnement des patrons à cause de mon français, et. le syndicat pensait comme moi ...  Les patrons, eux, avait besoin d'un bouche-trou pour remplacer un correspondant dans une ville où aucun journaliste n'arrivait à rester.
     -- À quoi ça sert un syndicat  ?  Seulement aux augmentations de salaires ?
     J'étais en fusil, soupçonnant le syndicat de complète impuissance.  Ça m'a pris des années à comprendre que l'exécutif avait été pris au dépourvu autant que moi et qu'une assemblée n'aurait servi à rien, sinon à faire pourrir encore plus le climat dans les négociations en cours.  Malheureusement, les Québécois n'ont pas encore appris à sortir d'eux-mêmes , de leur structure mentale de colonisés.  Même les syndicats et les syndiqués ne s'intéressent qu'à ce qui les touche de près, c'est-à-dire à leurs revenus.  Ils n'ont aucune conscience professionnelle.  C'est le propre de tout homme exploité de ne jamais voir au-delà de son nez.  La pauvreté physique va simplement de pair avec une certaine forme de pauvreté d'esprit ou plus exactement avec une absence totale ou presque de prospective.  L'exploitation est soutenue par un tel individualisme.
      Par contre, je savais que le journal avait de la difficulté à se trouver un journaliste pour Lac-Mégantic à cause de la réputation (à cette époque et dans mon milieu) de cette ville.  J'irais comme bouche-trou ou je serais congédié.  C'était clair.
     Faible, naïf, il y avait toujours quelqu'un pour profiter de ma facilité à tout croire.
     À la description que l'on m'avait fait de Lac-Mégantic, j'étais persuadé de courir à une mort certaine.  Le Grand et les flics, ses copains, car il a toujours aimé ça m'humilier ou me faire paniquer, m'avaient démontré qu'il ne me faudrait pas grand temps pour me faire enculer dans cette ville, pratique que je craignais et avais en horreur.  Ils me traitaient , le Grand et ses flics , comme un niais.  Ce que je suis, mais pas encore assez pour les laisser se payer ma tête sans que je le sente.  Je les laissais s'amuser, ne sachant pas exactement ce qu'il me fallait croire ... dans le fonds, me faire enculer, peut-être que maintenant j'aimerais ça ... même si j'ai toujours eu peur des maniaques.
      Quand j'arrivai dans cette ville, boueuse à cause du printemps, perdue dans le bois, ayant un bureau à l'allure de taudis, j'étais désespéré.  J'étais loin de me douter que j'y vivrais une des plus belle années de ma vie ;  que ce " trou", comme on m'avait dit, est un véritable trésor de beautés tant par la nature que par les gens qui y vivent.    

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Posté le 04.08.2009 à 16:17

                                                                                8
       Après une enfance profanée par les peurs, à cause de la censure sur la sexualité, j'eus une adolescence toute aussi tumultueuse.  Il n'était plus question pour moi de douter de ne pas être aimé , mais une certitude ... j'étais déchiré entre ce que nous apprenait la religion et ma petite nature qui voulait jouir de plus en plus .  Avec le temps, j'ai appris qu'il s'agissait plutôt de moi qui prenais tout au sérieux , même les bêtises de mon imagination.
     À l'école, la situation n'était guère plus reluisante.  Je m'y sentais tout aussi de trop et les remarques d'un professeur à l'effet que je questionnais beaucoup simplement pour me faire remarquer m'avaient décidé à ne plus jamais reparler en classe.  J'étais en onzième année.  Pour oublier mon sort, je consacrai toutes mes énergies à devenir un bon correspondant pour la Tribune , de Sherbroke.  Je réussis si bien qu'on m'offrit un travail d'été.
      J'avais été engagé pour l'été à la suite d'une rencontre dans laquelle le patron Me Desruisseaux m'avait promis de me payer des cours universitaires, promesse qu'il ne tint jamais, mais qui m'a décidé à me lancer dans le journalisme.  Je devais en septembre retourner aux études.  Même si j'étais accepté à l'université, je ne pouvais pas m'y rendre sans aide , mes parents étant trop pauvres.
      À cette époque, je n'étais qu'au début de mon blocage intellectuel à cause de mes hantises sexuelles.  J'avais 17 ans environ.
      Je craignais que " ma mauvaise habitude" de me masturber se reflète dans ma personnalité, sur mon visage ou dans mes manières comme nous le disaient les prédicateurs.  J'interprétais chaque sous-entendu comme si on le savait.  Aussi, les invitations à des partys , dans lesquelles je pourrais faire l'amour, me torturaient tout autant que de longues heures de tentative à échapper aux tentations de me masturber. C'était pour m'humilier, rire de moi ... mais j'aurais bien aimé l'expérience tout de même, au cas où cela aurait réussi ... pour savoir ce que ça ferait comparativement à mes exploits à quatre ans.  J'étais évidemment puceau et , contrairement à ce que l'on nous disait, je  ne ne savais pas que se masturber aussi jeune ne nous rend nullement impuissant avec les femmes.
       (  Si vous vous masturbez , vous ne pourrez pas satisfaire votre partenaire quand vous serez plus vieux, ayant trop dépensé vos énergies seul dans le péché.  Vous aurrez aussi des boutons au visage.)
      Je voyais dans ces aventures avec des filles, malgré la peur qu'elles me donnaient , d'être humilié en éjaculant pas, une chance de devenir homme ... si je réussissais .  Je pouvais aussi ne pas pouvoir bander , comme on nous le disait.  Qu'est-ce qu'on dirait ?  À chaque fois que l'on me parlait de ces partys , j'avais l'impression que l'on devinait mes habitudes, tant elles survenaient dans une période où je m'éclatais seul.  Les invitations arrivaient toujours le lendemain d'une " chute" , pourtant j'essayais de ne pas me masturber pour être en forme, pour bander à coup sûr.
      J'espérais aussi cesser d'être fasciné par les garçons.
      J'étais trop gêné pour oser inviter une fille, à cause de ma laideur.  J'avais peur de la perdre si jamais elle acceptait , à cause de ma maladresse à savoir l'intéresser à moi.  D'autre part, pour sortir une fille, il faut de l'argent et je n'avais pas le sou pour ces occupations.  Je ne gagnais, après tout , que 35$ par semaine.  J'étais souvent cassé. Plus souvent qu'à mon tour.  Aussi aie-je dû me contenter de danser parfois au salon du Parthenon, là où je pensionnais depuis mon arrivée à la Tribune, jusqu'à ce que Monseigneur Cabana intervienne et fasse cesser nos "partys"  qui prenaient fin pourtant à 11 heures le soir.  Cela avait été possible du fait que la maison était tenue par un prêtre.  Cette intervention de l'archevêque a nourri par la suite ma crise anti-religieuse qui commençait à faire des siennes.  Je réalisais que la foi pouvait bien être une grande escroquerie.
      D'autre part, je croyais que les autorités du journal regrettaient mon engagement.  J'avais été choisi à cause de ma grande production, à Barnston, où j'étais correspondant ;  je révélais , à Sherbrooke, un tas de faiblesse : j'écrivais affreusement mal mon français, les fautes se multiplaient comme les étoiles dans la Voie lactée en août ;   j'étais super-lent à la dactylo et j'avais tellement peur de me tromper qu'au début , je ne faisais montre d'aucun esprit d'initiative.  J'avais peur encore une fois que mon audace se tourne contre moi ... j'attendais chaque jour avec l'appréhension d'être congédié.  
       Vint septembre.  Il manquait de personnel et , malgré mes défauts, j'avais pris vitesse et sécurité.  J'étais bon journaliste , sauf qu'il fallait un autre journaliste pour corriger mes textes.  C'était mieux que rien.  On me persuada d'abandonner mes projets d'études.  Desruisseaux renia sa promesse et, n'ayant plus le choix, je me devais de rester dans la grande famille de la Tribune.
       Étant naïf, peu sûr de moi, me trouvant même médiocre, j'étais utilisé comme un objet, une poupée, une bonne proie ...
        D'autant plus que j'étais d'un caractère sauvagement pacifiste, prêt à courir tous les médecins de l'esprit de la terre, si jamais par malheur, à force de me faire écraser, j'avais réagi violemment.  J'étais une bonne bête de somme ... férocement passionné quand je m'embarquais dans quelque chose.  Je ne croyais pas dans aucune organisation, même révolutionnaire ... Être mené par l'un ou par l'autre, c'est la même patente ;  tu dois toujours te conformer ... être menacé sans cesse de se faire liquider par l'un ou par l'autre, ça finit par être drôlement emmerdant.
       Même si j'étais de venu un bon producteur, ce en quoi je mettais tout mon orgueil, j'avais toujours la crainte et la certitude d'être mis à la porte d'un moment à l'autre.  Les patrons ne nous emploient que dans la mesure où ça paye et je ne me sentais pas tellement rentable.  Cette crainte m'angoissait.  Je me sentais inférieur aux autres.  Ils étaient plus cultivés, plus raffinés.  Il s'y connaissaient en musique et en lettres.  Moi, je m'y connaissais en rien.  Je me sentais à jamais inférieur à eux puisque je n'avais pas de sens critique.  J'ai commencé à lire et à écrire des poèmes , influencé par un poète et un homme de très grande sensibilité.  Pier Pol était , à la fois,  un collègue , mon ami et presque mon professeur littéraire.  Sa poésie était douce, musicale, charmeuse, quoique parfois nostalgique. 
        Certains confrères se moquaient assez souvent de lui, à son insu, de façon très injuste, s'en prenant à sa sensibilité : c'était "le poète".  On ridiculise toujours ceux que l'on sent supérieurs.  Cette situation atteint son point culminant lorsque, par erreur, Pier termina un poème sur un manchot en disant qu'il s'était retourné en caressant son chien.  Le Grand, qui riait de tout le monde, sauf de lui-même, avait sauté sur l'occasion.  Cette situation m'avait été pénible.  Je ne pouvais accepté de rire de bon coeur de cette anecdote  ;  cela me semblait injuste envers mon ami, mais par contre, je ne pouvais m'empêcher de la trouver bien drôle.  J'ai été inconfortable et même gêné, jusqu'à ce que Pier Pol lui-même rie de cet indicident.  C'est un genre de situation qui se produit dans le cas de tous les grands écrivains.  La distraction fait partie de la vie.
             

                

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Posté le 03.08.2009 à 19:22

                                                                                   7
       En prison, je soupesais tous les pour et tous les contre pour évaluer mon degré de perversité, je devrais dire d'innocence ou d'ignorance.  J'étais convaincu d'être fou ;  mais je ne savais pas si c'était en me posant autant de questions ou , en liberté , en répondant simplement à mes besoins naturels de toucher tous ces petits êtres que je trouve beaux.
       J'ai décidé de recommencer à réciter mes pirères les bras en croix.  Un tel sacrifice et beaucoup de prières m'aideraient certainement à me faire oublier mes penchants pour Jeannot.  Je me devais dorénavant d'être chaste ; j'avais été trop longtemps « un maniaque ».
       Après le déjeuner, je me rendis dans la cour , comme après chaque repas.  Une cour asphaltée, entourée de murs, où, comme d'habitude, pour faire changement, nous marchions.  Ce n'était pas tellement nouveau, mais juste l'air pur suffisait à donner à ces minutes une très grande valeur.
      Je ne parlais pas à personne ou presque, sinon à Claude, un individu incarcéré depuis plus d'un an pour ne pas avoir payé ses dettes.  Il était très sympathique et agissait comme un frère.  Il disait être là depuis un an et ne pas savoir quand il en sortirait.
       Tout le monde avait appris les raisons de mon incarcération.  J'étais craintif quant à ce que l'on en pensait ; car , même si peu me parlaient , Pierre , un jeune de 19 ans, assez beau, je dois l'avouer, cherchait sans cesse à m'insulter.  Je ne savais pas quand sa haine deviendrait de  la violence physique.

       --  Regarde ailleurs, hostie de chien.  Maudite tapette.  Tu m'auras pas, mon christ.  Suceux de cul !  Tu peux manger les jeunes, mais essaie-toi pas sur moi parce que je vais te la casser, ta kâlisse de gueule.  T'en suceras plus d'autres.
       Lui gueulait , moi, je crevais de peur.
       C'était en fait tout le chant de ceux qui aimeraient bien être attaqués et cherchent à se déculpabiliser en pourchassant ceux qui symbolisent leurs désirs irréalisés.
       Malgré tous mes efforts, je me surprenais à avoir beaucoup d'anxiété quant aux récréations.  Même si je rejetais ces pensées , je me prenais souvent à rêver l'arrivée d'un petit jeune, beau comme un coeur, sympathique, de qui je tomberais amoureux.  Parfois, j'espérais même me faire reluquer par un petit vieux ;  même si j'étais peu intéressé à avoir une aventure avec eux.  Je ne pouvais entrevoir une telle liaison sans sodomie.  Jeune , un anglais m'avait initié à cette pratique.  Je n'avais pas du tout aimé ça.  Je craignais de la revivre.  Il va sans dire que les menaces du Gros de le faire étaient aussi pour moi un "moyen" cauchemar.  Je n'ai jamais pu avoir une aventure avec un adulte, sans avoir affreusement peur de me faire tuer.  Cette crainte avait persisté, malgré les années, et s'était même renforcée.  J'avais peur d'être assailli, violé et tué ,  malgré la surveillance des gardes, qui se rendaient peu souvent aux douches collectives.
       Jeune , mes parents nous avaient raconté avec les photos d'Allo-Police  comment un pédéraste avait déchiqueté un petit gars. Ce fut la hantise de ces maniaques.  Par surcroît , un après-midi en me rendant à une ferme, près de Barnston, nous nous étions fait courir par un type que notre imagination nous rendait chaque jour plus laid.  J'avais eu terriblement peur.  Pendant près d'un an , nous marchions sur le bord des champs pour nous sauver, si jamais il réapparissait alors qu'il n'a peut-être même jamais existé.  Plusieurs années plus tard, quand je faisais de l'auto-stop , je portais toujours une roche dans mes poches, pour me défendre au cas où se présenterait une mauvaise situation.
       Enfant, ces histoires traumatisent en maudit.  De plus , ce qui m'avait certes tenu loin des adultes, les grosses bittes m'écoeuraient.
       À la prison , je pouvais fréquenter les petits vieux du deuxième sans danger, surtout que rares étaient les occasions de passer à l'action.  Petit à petit, j'appris de leurs bouches tous les rudiments du vol.  Devant mon peu d'intérêt, leurs leçons se concentrèrent et se spécialisèrent sur les moyens possibles de conquérir un gamin.  Comment l'amener , malgré lui , à te tâter la queue , en lui offrant du pop corn.  J'écoutais en priant.  Puis , c'était le retour à la chambre commune pour reprendre à nouveau de longues et pénibles réflexions ou prier.
       J'étais en proie à un fort sentiment de culpabilité.  Cette angoisse portait surtout sur trois points fondamentaux :  je ne parvenais pas à oublier mon attitude à Victoriaville, face à la dame où j'étais pensionnaire ;  je me croyais de toute éternité condamné à être possédé du diable, ayant marchandé mon âme avec Satan pour obtenir certains garçons ;  je me reprochais aussi d'avoir été un garçon difficile dans ma famille.
      Si j'acceptais d'avoir été la victime de mon ignorance infantile, je me rendais coupable de ne pas avoir eu assez de courage et de volonté pour me départir de ma passion alors qu'il en était encore temps  ...  Comme si celà eût été possible , oubliant qu'il s'agit là d'une imbécilité que nous racontaient les curés en nous faisant croire que c'était un crime.
       Un regard, un sourire suffisaient pour qu'un garçon me fasse faire le tour de la terre.       

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Posté le 02.08.2009 à 20:36

       Ce péché m'avait antérieurement bien intrigué.  Je ne pouvais pas comprendre de quoi il était question.  Au cours d'une leçon de catéchisme, soudain , j'ai perçu toute le dimension de ce vice.  J'étais effrayé.  Je me damnerais.  J'ai essayé d'en parler à ma mère; mais ma curiosité ne sut que lui tirer des larmes.  Elle me lança que je n'étais qu'un cochon.
       J'étais désespéré.  Que faire pour m'arrêter ?  Plus j'y pensais , plus j'avais peur.  Plus ça m'obsédait. Plus le nombre de garçons intéressants augmentait.
        Mon confesseur me recommanda de prier.  Plus je priais.  Plus j'y pensais. Plus les tentations étaient belles.  C'est ce que fis quand même avec ferveur. Ça ne s'arrêtait pas. Ça empirait.
        Je n'osais plus me toucher ou me regarder en allant à la toilette ;  ce qui me créait de nouveaux problèmes puisque,  parfois, je pissais à côté de l'objectif.  Comment pisser sans se toucher, ni même te regarder ?
       Pour assurer mon salut, je me confessais tous les matins dès que je tombais dans les griffes de Satan.  J'ai fait mes neuf premiers vendredis du mois, qui garantissaient le salut à coup sûr.
       Je continuais d'être hanté.  J'ai pensé que j'étais un vampire...  à quelques endroits différents à mordre près...
        J'ai recommencé à rêver à un miracle.  Ayant une ferveur spéciale pour la Vierge, je me mis à croire que sa statue me répondait.  Je la voyais sourire ou pleurer.  Parfois, j'y voyais purement le jeu de mon imagination, mais souvent , je croyais dans ses manifestations.  Personne ne parlant de l'allure de la statue, je crus préférable de garder pour moi ce qui m'avait semblé des miracles.  Ça foutait une claque à ma sainteté, mais c'était mieux ainsi.
       Mes problèmes ont pris une tournure encore plus torturante alors que certains matins, je me suis réveillé trempé.  Je me croyais dès lors totalement perverti.  Je craignais d'être devenu fou au point de ne pas parvenir la nuit à maîtriser mes mains et , qui plus est, de ne pas en avoir connaissance.
       Je me masturbais certes la nuit puisque j'éculais.
      Je me dégoûtais.  Je ne savais pas que les garçons ont biologiquement et naturellement des pollutions nocturnes ( quel drôle de nom) ... il n'y avait pas de cours de sexualité de mon temps, les gens étaient trop scrupuleux ... et je paye bien pour ce puritanisme.
       Je souffrais atrocement de me voir aussi vulnérable au péché.  Je tentais de m'empêcher de penser pour écarter les tentations.  J'essayais tout ce qui me paraissait une solution , mais je ne parvenais pas à me corriger.  J'ai même songé à me rendre à Lourdes.  Seul un miracle pouvait me sauver.  J'en avais contre ma volonté, contre tout mon être.  Je priais pour changer ou mourir.
        Un matin , alors que j'étais près du poêle, à me réchauffer en sous-vêtements avec mes frères, ma mère nous donna tout un sermon parce que nous avions des érections.  Nous étions encore des cochons.  Si cette leçon me permit de cesser de croire péché de me regarder ou me toucher en pissant, je n'en ai pas , pour le moins, assimilé le péché à l'érection.  C'était un événement qui survenait souvent :  j'étais très souvent en état de péché mortel.  Je me dégoûtais encore plus.
        Pour me déculpabiliser , et adorant ma mère, je ne finissais pas de l'aider dans les durs travaux.  Je ne pouvais tolérer de la voir travailler fort.  Ce que je faisais, au moins, lui épargnait cette part de corvée.  Peut-être ma charité rachèterait ma perversité.
       Malgré tout , la nuit , je ne dormais presque plus, devant surveiller mes mains et mes pensées pour éviter les rêves érotiques.  Je croyais que le diable viendrait me chercher.  J'avais une peur affreuse.  Un caractère de chien et d'éternels remords.  Certains soirs, des matous venaient grignoter dans les poubelles, situées dans l'appartement voisin.  J'y reconnaissais les cris du diable. J'avais peur.  Je suais de peur.
       Une autre fois, mes frères durent me réveiller puisque debout dans mon lit, je pleurais de ne pas pouvoir enfiler ma soutane qui n'était que la couverture de mon lit.  Ce rêve exprime bien l'angoisse que me procurait mon incapacité de devenir prêtre puisque j'étais pourchassé par le diable.  Non seulement, j'avais trahi ma mère en ne tenant pas mes promesses d'être un jour le prêtre de la famille.  J'étais un être abject.
        Je rêvais des cauchemars abominables ou des rêves dans lesquels je me livrais à mes désirs inassouvis.  Tout n'était que mort et religion , que fins du monde et monstruosités.
         C'était clair, j'étais damné.  J'étais possédé du diable.  J'ai essayé de m'exorciser en m'infligeant toutes sortes de sacrifices.  Pour essayer de me sauver , j'ai décidé un jour de me donner à Dieu en écrivant ce don total, irrévocable, sur un papier avec mon sang ;  comme je l'avais déjà entendu dans un conte .  Je me souviens pas si je l'ai fait.  Je me rappelle seulement la peur éprouvée de devoir me mutiler.  Il me semble avoir posé mes empreintes digitales en sang , ayant écrit cependant la lettre à l'encre... je devais ainsi moins saigner...
       J'avais peur de mourir sans pouvoir me racheter.  Aussi dès que j'avais une grippe, de la fièvre, je m'assurais de me confesser, de communier avant d'attendre impatiemment la mort puisque celle-ci me délivrerait.  Elle avait alors plus d'importance que la vie.  Inconsciemment , probablement que cette névrose obsessionnelle de la mort est née de ma peur de Dieu qui sait tout : étant coupable, je n'avais plus qu'à mourir parce que je lui désobéissais.  J'étais convaincu que ma vie sexuelle me tuerait.  Dieu me punirait.  J'avais peur et chaque faiblesse était associée à la mort.
       Pourtant, je voulais vivre.  J'arrivais malgré tout à être heureux , car  jeune, l'homme a le privilège de facilement oublier ou refouler ses peines et ses craintes.
       Quant à mes peurs, elles prenaient de l'ampleur.  Un prêtre venait de me dire, même si cela était faux, qu'en se masturbant , il n'est pas rare de mourir d'une crise cardiaque.  Pour prouver son argument, il m'avait fait remarquer qu'à l'orgasme ou avant, nous retenons souvent notre respiration, provoquant peut-être la mort.  C'était affreux.  Je commençais sur la toilette à me masturber. J'arrêtais. J'avais peur.  Je recommençais, et finalement, en priant Dieu pour qu'il me pardonne mon suicide, je terminais mon travail.  Comment aurais-je pu savoir à cette époque qu'interrompre la masturbation entreprise peut créer de sérieux problèmes corporels ?
        Je faisais promesses sur promesses de plus recommencer.  Si le Christ est tombé trois fois, j'ai répété son geste à l'infini.  Je m'en voulais d'être si menteur et j'ai abandonné les promesses,  croyant qu'il était encore plus mauvais de mentir si souvent à Dieu et à moi-même :  mieux vaut ne pas promettre ce que l'on ne saurait tenir ...
       Je croyais les curés.  Aux sermons, j'attendais toujours avec impatience que le prêtre reparle de sexualité pour en savoir plus long.  J'étais vexé par leur excès de pudeur et par leurs mots couverts dans ce domaine, puisqu'alors je ne comprenais pas ce dont ils parlaient.
        Quand je rencontrais un garçon de mon goût, inévitablement , c'étaient de longues prières, puis, la chute en promettant à Dieu que j'essaierais de faire mieux la prochaine fois.  Je me sentais hypocrite de toujours promettre et recommencer.  J'avais tout essayé et tout avait échoué.  J'ai recommencé à me mépriser, à prendre plaisir à me frapper aux organes génitaux pour me punir .  Yvette , la première femme avec qui j'ai l'amour, m'a corrigé de cette manie idiote, me disant que cela n'arrangerait rien, tout en pouvant me blesser gravement.  Ayant peur de la soufrance, j'avais compris la leçon.  Car, Yvette me faisait découvrir une nouvelle facette du plaisir. 
      



Posté le 02.08.2009 à 18:09

      Je ne savais pas que la " perversion" peut produire la majorité des êtres qui, par la suite , seront considérés comme des génies par la civilisation qui aura tenté de les écraser ou des névrosés qui n'auront pas su surmonter l'ignorance de la masse et qui se seront culpabilisés.
       Toute ma vie était un acte d'accusation.  N'avais-je pas dès mon enfance commencé comme les élus de Satan à me livrer à ces plaisirs ?  N'avais-je pas tenté de vendre mon âme au diable en le priant pour avoir un petit gars ?  N'avais-je pas dans mes rêves voulu masturber l'Enfant Jésus , avoir même touché la poupée qui le représentait pour s'avoir si Jésus avait un pénis.  Ne m'étais-je pas arrêté durant des heures à contempler la beauté du petit Dominique Savio ?
       Je me voyais Don Bosco, l'étreignant dans mes bras et lui passant gentiment les mains sur les cuisses.  Je sentais sous son pantalon s'agiter une gentille petite bizoune.  Durant de longues minutes, je m'interrogeais sur la longueur et la grosseur de ce divin membre.  Serait-il digne d'un aussi magnifique corps ?  Je vivais plusieurs années plus tard les mêmes passions que saint Jean Bosco avait eues pour ce petit saint, si mignon.  Ayant réussi à vivre de magnifiques moments avec le petit Dominique, je me rendais ensuite dans la toilette me masturber.
       Je me rappelais avoir été tenté de masturber presque tous les jeunes de ma classe.  Que de situations n'aie-je pas inventées pour me retrouver près de tel ou tel camarade, afin de pouvoir, sous les bancs, étendre mes doigts conte un petit pipi qui s'agitait.  Comme c'était exitant.  Obsédé par le désir de voir et toucher, j'étais prêt à tout pour réussir , même à inventer.
      C'est ainsi que je priais pour des tempêtes de neige ; ayant à coucher avec un autre , j'aurais certes la chance de la lui toucher.  Il est curieux de constater que cette obsession n'a toujours eu qu'un but exploratoire.  Je voulais savoir comment les autres étaient développés.
       Combien de nuit , je n'ai pas dormi ?  Quand un garçon me plaîsait , ayant à coucher dans la même chambre, j'attendais patiemment que tout le monde dorme.  Alors , je m'approchais du lit de l'invité, je le fixais, observant ses moindres gestes, sa respiration et lentement je posais ma main sur con corps.  S'il bougeait, j'arrêtais, accroupi près du lit.  J'attendais.  Je recommençais.  C'est un art.  Fallait  juste  telle pression pour circonscrire l'appareil recherché.  Par la suite , il me fallait trouver le moyen de m'enfiler la main sous les couvertures.  Tout devait se faire sans le réveiller, en combattant les remords puisque c'était supposé être péché.  C'était un art, procurant toutes les gammes de l'anxiété, de la peur, pour aboutir à un soulagement indicible quand ma peau, enfin, sur la douceur d'un organe orgueilleux se jouait à deviner tous les détails.  Que de passion dans le besoin de voir.  J'ai souvent dû attendre des heures la position propice.  Compter et recompter , puisque cela me permettait d'évaluer le degré du sommeil et la possibilité d'un réveil.  J'ai amélioré mon système, ayant remarqué que par ma concentration, il est possible de faire bouger quelqu'un dans son sommeil.  Ah !  ce furent les plus longues et les plus belles nuits de ma vie.  Frissonnant à la fois de peur, d'anxiété et de désir.
        Ensuite, je voulais voir nu cet organe royal, le tâter, toute une nuit si possible.  Je n'en fermais pas l'oeil, sil le fallait.  Essayant en tremblant.  Échouant parfois.  Toujours recommençant.  Découvrir.  Connaître chacun dans ce qu'il a de plus beau, de plus intime, de plus secret,  m'apportait un soulagement paradisiaque.  J'étais sans cesse fasciné et surpris de ces découvertes, chaque graine étant sensiblement différente, malgré une apparence d'uniformité.
        Voir et toucher, les deux à la fois , créaient en quelque sorte un lien sacré, impossible à profaner ;  un lien qui m'unissait à jamais à ma "victime".  Jamais je n'acceptais une défaite.  J'imaginais toutes sortes de jeux qui me conduisaient à réussir.  Si je jouais aux Indiens, je pensais à attacher les prisonniers et les déculotter comme tourment :
       -- Tu parleras ou ...
      On ne parlait jamais et je m'exécutais avec plaisir, excepté si la victime refusait assez fortement pour que ça ait l'air vrai, sincère.  J'adorais lutter pour pouvoir à la fois deviner et approcher, vérifier des doigts mes approximations.  Des jours suivaient à me rappeler mes tentatives et à me masturber.  Je me masturbais jusqu'à épuisement, si je n'éjaculais pas.  Combien de fois j'ai recommencé , n'ayant plus la force de poursuivre.  J'avais le bras mort.  Le corps en sueurs.  Je m'arrêtais et je recommençais ensuite , essayant de trouver l'image qui me permettrait de me mettre dans un tel état d'excitation qui me permette d'éjaculer.
     --  Tu vas venir mon christ !
     Éjaculer fut pour moi toute une découverte.  Je me rappelle encore cette première fois.  Nous étions un groupe à nous amuser dans un lit.  Ayant introduit mon pénis entre les cuisses, sous le scrotum, d'un de mes partenaires, j'ai été effrayé après maintes mouvements , de me sentir aussi mal.  J'ai cru m'évanouir.  Je me suis rendu à la toilette, croyant que j'allais dégueuler.  J'examinais mes organes génitaux.  Je m'aperçus que je venais de réussir le même exploit que mon cousin m'avait enseigné l'année d'avant et non de subir les foudres du Seigneur.  Quand mon cousin m'avait montré ce phénomène, cela m'avait étonné.  Je l'avais oublié, me rappelant davantage son bouton sur la verge et l'immensité de celle-ci.  J'étais loin de penser qu'il m'arriverait , un jour, la même chose.  D'ailleurs, je vivais une période passablement calme en ce qui a trait à ma vie sexuelle.  J'eus si peu en mémoire ces cours antérieurs de mon cousin que ce n'est que plus tard que je fis la relation entre les sensations et l'éjaculation.  Foudre du Seigneur ou pas, j'avais aimé les sensations. Ça suffisait.  Mon goût pour la masturbation et  cette nouvelle sensation ( ce n'était plus des chocs électriques ou des chatouillements comme auparavant ) prirent une telle importance que je recommençai mes explorations des autres de plus belle.  La mastrubation habituellement pouvait aussi jouer un rôle compensatoire à ma phobie d'être rejeté :  ne me sentant pas voulu des autres,  je m'aimais proportionnellement au besoin éprouvé.
     J'ai découvert le sens du péché d'impureté à cette époque.  J'avais quatorze ou quinze ans.    




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