-- Poèmes -- Journal intime -réflexions
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Posté le 08.07.2009 à 17:48

       Je n'avais pas le choix .  Si je refusais de voir souffrir ces femmes et ces enfants, je reconnaissais ma faiblesse et j'acceptais de perdre toute forme d'avenir.  Dans une guerre , la vie n'a pas d'importance.  Les hUmains ne valent guère mieux que du bétail.  Il faut savoir oublier l'individu pour ne songer qu'à la collectivité.  J'ai marché sur mes sentiments.  « À force de me mentir, je finirai bien par croire mes mensonges».  J'ai donc accepté qu'une race , la mienne, puisse être supérieure aux autres ...  il avait suffi de six mois d'activités intérieures pour me rendre aussi fou.  Voir des enfants s'évanouir de peur et entendre les lamentations des femmes m'avaient convaincu : un peuple n'est digne de vivre que s'il sait mourir dignement.
      J'étais devenu un des fonctionnaires les plus respectés.  Je me sentais important ... je travaillais à la réalisation d'un des principaux objectifs du parti.  J'étais l'image de l'armée.
      Toujours glorifié par mes collègues, j'ai vite oublié qu'il eut un jour où je cherchais un sens à ma vie.  Je ne remettais plus ma situation en question.  J'étais devenu quelqu'un.   J'avais apaisé mon vide intérieur peut-être même étouffé.   Je n'avais plus ce besoin de me dépasser.
     Il était inutile de me demander si je travaillais pour le bien de l'humanité.  J'en étais convaincu.
     Je préfèrais être ignorant à me lancer à nouveau dans une guerre contre le système.  J'exécutais les ordres.  Ça me suffisait.  D'ailleurs, il est plus facile d'obéir que de commander.
      Je ne m'étais pas aventuré devant une barraque depuis très longtemps.  Je ne pouvais pas ainsi me remettre en question.  J'avais affermi en moi la mort de tout sentiment.   Je décidai d'aller voir si mes ordres étaient bien exécutés.
     Dans la cour, j'ai aperçus un soldat  qui frappait un gamin.  J'ai d'abord sursauté.  Je me suis approché.  J'ai crié au soldat de cesser de le molester.  J'avais le coeur qui battait comme une tempête.  Je n'y comprenais rien.  D'où me venait cet étrange élan d'humanité ?  L'instinct indompté ?
     Je saisis le gosse par les cheveux pour déceler son visage.  Je reconnus Patrice.
     Toute mon enfance m'a envahi.   Je le revoyais sur mes épaules et j'entendais sa voix.  Un coup de couteau dans ma tête.  Je l'écoutais à nouveau me parler des bois, des animaux et des oiseaux qu'il adorait et qu'il m'avait appris à aimer. 
      En le voyant , je comprenais enfin mon vertige.  Je savais maintenant ce dont j'avais besoin pour me réhabiliter : d'amitié.  Sans elle, je n'étais rien.  Je n'étais qu'une machine à tuer ...
      Travailler pour son pays est peut-être une noble tâche ; mais qui aime-t-on ?  Quel est son nom ?  Comment est son corps ?  Quelles sont les histoires à échanger ?  Gouverner, c'est beau, mais c'est l'enfer.  Il y a toujours quelqu'un pour désobéir.  C'est la solitude.
      Je n'avais qu'à demander au soldat de le libérer et il se conformerait à mes ordres sans rien dire, sans même y réfléchir.
     --  Soldat !
     --  Oui, mon commandant !
      J'ai regardé Patrice à nouveau.  J'ai vu en lui tous les juifs assassinés.   Étais-je un salaud ou un héros ?  J'ai compris qu'en le libérant , je me condamnais.
     -- Amenez-le vite !
     Je me suis retourné.  Je ne savais pas reculer devant ma détermination, j'avais tué toute compassion.
      Et, je me suis dit:
     -- Enfin, je suis un surhomme : j'ai réussi à tuer toute trace d'amour en moi.  J'étais devenu l'avenir de l'humanité.  Le dictateur qui tue la vie pour nourrir son vampire intérieur.
                   
                                                                    
FIN    



Posté le 07.07.2009 à 17:40

      Afin d'arriver à des résultats rapides, nous nous sommes servis simultannément des données de deux expériences.  Pour engendrer la violence, nous avons eu recours aux religions répressives, à la morale judéo-chrétienne , en matière sexuelle.  En tuant Éros, nous avons annililé l'esprit critique et créateur.
      Une violente crise économique soutenait cette premières stratégie.  Elle jetait la population dans le désarroi au point d'espréer un sauveur quel qu'il soit.  Les hommes , pour éviter tout effort ,  accepte facilement de s'inventer des dieux.
      Cependant, pour taire l'ennemi , il fallait bien laisser miroiter cette grande farce qu'est la démocratie puisque la démocratie n'est possible qui si le peuple est éduqué, capable de comprendre tous les enjeux.  Notre force était bien, au contraire, de lui faire croire tout ce que l'on voulait.
     Je ne savais pas où toute cette affaire pouvait nous conduire.  Pourtant, un jour ou l'autre, la violence éclaterait et déchirerait le pays.  Alors , nous serons les maîtres puisque nous nous y étions préparés.
      J'écoutais les dirigeants gaver simultannément la population de sentiments ultra-nationaux afin de dissimuler les véritables enjeux économiques et j'étais sans cesse surpris de la naïveté du peuple.
      Au journal, il était impossible de critiquer les idées politiques d'Hitler ou si nous pouvions le faire cela devait provenir de l'extérieur pour nous donner la chance de répliquer et ainsi renforcer cette autorité critiquée.  Il était impossible dans ce scénario de faire exploser la vérité.  Tous les médias étaient contrôlés.  Sous prétexte de se défendre contre l'anarchie, l'on écartait la possibilité d'avoir une pensée pluraliste.  C'était déjà la dictature idéologique.
     Mon ascension au plein pouvoir établi ne calmait pas mes besoins.  Le soir, je m'évadais au club où j'aillais contempler la déchéance humaine.  Je constatais que la culpabilité est une forme atomique du pouvoir.  Je ne fis plus discret.
      Il était trop tard pour défendre les libertés individuelles.  De toutes façons, j'étais avalé ...  J'étais mort à mes besoins d'amour les plus fondamentaux.
      Invité par un supérieur, je me rendis à nouveau à ce club où nous nous dirigeâmes vers un salon particulier.  Nous avons visualisé une scène dans laquelle on maltraitait des femmes.
      --  C'est du sang que nous avons besoin.  Vous nous avez prouvé l'existence en vous de très grandes qualités.  Je suis ravi de voir que la souffrance des autres ne vous atteint pas.  Vous êtes rendu à un rare degré de spiritualité.  Notre peuple souffre surtout de la présence des juifs qui dominent notre économie et l'économie internationale.  Ce sont eux qui sont la source de tous nos problèmes.  Leur puissance économique est un perpétuel danger pour nous et l'humanité.  Ils contrôlent le monde et nous écrasent.  Si nous voulons notre liberté, nous devons exterminer tout ce qui est juif.
      J'acquiescai à sa proposition.  Je flattai même sa logique.  Nos rencontres se multiplièrent.
      Ce n'était pas mon travail de juger les valeurs philosophiques de mes chefs,  J'étais militant pour oublier le seul amour de ma vie : Patrice.
      Je ne savais pas où cette lutte en moi s'arrêterait.  Je la savais insatiable.
      Après de nombreuses scéances, l'officier me proposa de travailler à l'extermination du peuple juif, la source de tous nos malheurs.  C'était, disait-il , une mission d'extrême importance qui devait être menée par une main de fer.
      J'acceptai.  J'aurqais voulu refuser cette fonction, mais j'eus peur de déplaîre et payer de ma vie cette lâcheté.  J'ai combattu longtemps en moi l'idée qu'un être humain est valable, non , par sa race, mais sa dignité d'homme.    

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Posté le 06.07.2009 à 21:21

      Je suis entré au journal comme dans un cénacle.  Plus rien de commun n'existait entre ma vie passée et cette nouvelle vie.  Aupravant, je devais me taire, m'écarter pour ne pas déranger les adultes, m'étouffer pour ne pas être ridiculisé à cause de mes goûts; au journal, je devais apprendre à foncer , à produire et à m'imposer.
     Je me sentais inférieur à mes confrères.  Je n'avais aucune confiance en moi.  J'écoutais les discours sur la littérature, la philosophie et je n'y comprenais rien.  La poésie disait bien mes états d'âme :
Les forêts sont sans vie
les rivières sans poisson
un oiseau vole seul
dans un ciel sans nuage
les ailes brûlées
sous un ciel torride.
     Le monde politique à mes yeux si beau, si parfait , m'ouvrait ses portes.  Hélas !  je découvrais avec répugnance un vaste tas d'immondices ... on m'avait menti sur la réalité de la société.
     Dans un journal, pour ne pas mourir de chagrin ou d'anxiété, il faut concevoir l'homme comme un objet dont les malheurs continus permettent la vente de plus d'exemplaires.  La mort, la vie , l'amour , le sexe n'existent pas : le journal reflète la réalité crue des événements.  Il n'y a pas place à la sensiblerie ou au romantisme.  Ce n'était pas comme je l'avais cru ... un troisième pouvoir au service du peuple ou de l'idéal, mais un commerce.  Le journal faisait partie intégrante des structures de la société capitaliste.
     J'ai perdu mes illusions et simultanément le mirage de mes possibilités.  Pour mener à bien un projet, il faut une coopération qui existe rarement.  Les défauts d'une société hautement matérialiste m'accaparait , mais je les buvais sans réagir.
     La deshumanisation était de mode.  Pour qu'un article soit bon, il fallait du sang et que la misère soit grande.  Plus il y avait de morts, plus le texte était bon.  Tout ce qui pouvait être intellectuel ou viser à diriger la transformation d'un monde en mutation vers un avenir plus libre, plus épanoui, était complètement banni.  Si l'on concervait un semblant de responsabilité , c'était afin d'empêcher le lecteur de comprendre et exploiter trop ouvertement son imbécilité sociale.  Le lecteur était perçu comme un consommateur.  Son développement et celui de ceux qui travaillaient à l'informer n'avaient pas d'importance.  Les tabous étaient ainsi protégés et les dirigeants pouvaient continuer à les exploiter et à les manipuler.  Ils savaient que les déviants finiraient par se ranger avec eux n'ayant pas d'autre alternative.
      Le grand problème des pays matérialistes résidait dans cette folie collective de l'assimilation.  Les normes ne permettaient pas de penser différemment de la majorité.  C'était la grande aliénation.
     La vie était ainsi une vaste chambre d'apesanteur où n'importe quel but suffirait à combler le vide.  Certains le comprenaient vite.
     J'étais l'un de ceux-là.  En quittant Patrice, j'avais tué en moi tout sentiment.  Je m'étais habitué comme journaliste à considérer les hommes comme des consommateurs sans importance, des inférieurs.
     J'ai trouvé l'occasion rêvée de me parfaire et de me réaliser en m'enrôlant dans le parti nazi.  J'aimais Hitler : il créait une Allemagne digne de nous.  Vaste. Puissante.
     Avec lui, notre divinité nous animait.  Si , au début, je trouvais le mouvement un peu fanatique, celui-ci en revanche me permettait de dissimuler mon complexe d'infériorité.
     Si je travaillais à me perfectionner en vue du plus grand bien de ma société, certains autres avaient compris ma folie : compenser l'amour déçu.  Pour oublier l'aventure avec Patrice, je devais éliminer en moi toute forme de sensibilité.
     Le parti se servait de moi.  J'étais un jouet docile entre ses mains.  C'était un rôle noble.  On m'appointa  à mille missions impossibles.  J'échouais.  Je ne voyais vraiment pas comment j'arriverais ainsi à poser ma marque.  Je devins paranoïaque.  Cela m'aidait à ne pas voir mes vraies faiblesses.
     Je forgeais mon caractère.  J'encaissais mes défaites , mais les autorités ne pouvaient pas attendre un autre résultat.  Cependant, mes demi-succès les étonnaient.  J'étais leur héros.  Moi, ils me révoltaient.  Je me promettais de me venger.  Je notai dans mon journal personnel :

... Je crie dans le désert
Homme ... liberté !
les cités sont des braises
et souffle le vent ...
Ô quels spectacles seront ces feux de forêts.

      Je m'enfonçais.  Je me laissais aller puisque le succès  ne venait pas assez vite.
     J'ai commencé à boire.  L'alcool devenait une compensation à ma deshumanisation.  Le mot amour était banni de mon langage.  C'était dorénavant mon ennemi.
     J'ai découver ma vocation dans cette lâcheté.  Mon rôle dans le parti me fut assigné selon ma valeur : fabriquer des plans pour robotiser la polulation. 
      Les méthodes pour parvenir à cet effet étaient multiples.  Et, malgré mon très jeune âge, j'étais admiré en silence en haut-lieu.  Mes crédos devinrent : le désespoir dans la misère, la sècheresse de l'idéal et l'exploitation de l'égoïsme.  Mes plans furent mis en pratique dans des régions pilotes.    

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Posté le 06.07.2009 à 01:25

     Un samedi , j'ai commencé ce qui devait , par la suite, devenir une habitude : me rendre chez les français les jours où il n'y avait pas d'école où je participais à toutes sortes de jeux.  Pour faire plaisir à Patrice et à son frère aîné, j'ai accepté de visiter ce qui , pour eux , était la plus belle forêt de la région.  Je découvrais le langage des couleurs, le silence des extases.
      Patrice, ayant aimé l'expérience du chevalier, me demandait souvent de la répéter.  J'aimais comment il prononçait mon nom.  Son regard quand il me demandait quelque chose.  Patrice avait déjà pris plus de place que mes lectures nocturnes concernant les astres.  Je n'avais plus besoin de chercher à tenir compagnie à la lune dans mes rêveries, à me laisser séduire par la voie lactée, Patrice comblait tous mes besoins.
     Une amitié sincère et pure nous enfermait dans un monde bien à nous.  Il me fallait sans cesse découvrir quelque chose de nouveau pour nous rapprocher davantage et créer entre nous un lien purement exclusif.
      Mes visites aussi fréquentes que possible dans sa famille n'avaient qu'une ombre : son père.  Celui-ci critiquait sans cesse la religion.
      Les tirades de son père avaient peut-être moins d'importance dans mon esprit que ma jalousie : il était maître de Patrice, son père, celui que j'aurais aimé être.  Moi aussi, j'aurais voulu travailler pour le vêtir, lui donner à manger, en être responsable pour l'avoir toujours avec moi.
     Mes parents ne voyaient pas cette nouvelle amitié du même oeil.  J'étais allemand et luthérien :  lui, français et juif.
     Au premier de l'an , mon grand-père s'approcha de moi.  Il avait les larmes aux yeux.  Il me supplia d'abandonner ces visites chez des damnés.  J'aurais voulu serrer mon grand-père contre moi, ne pas dissimuler mes larmes et lui dire :
    --  C'est au-delà de mes forces.  Si jamais Dieu est bon, il ne peut pas condamner Patrice parce qu'il est juif.  Dieu ne peut pas être aussi méchant.
      J'admirais mon grand-père pour son ardeur au travail.  Cette demande creusait un fossé de plus en plus profond entre lui et moi :  pour lui , le travail était la vertu par excellence, après tout, ne fallait-il pas gagner son ciel ?  Ça me fascinait.  Mais , moi, je me sentais pur.  Il me semblait plus important d'aimer que de diviser les gens selon les religions.
      Ma famille commença à me traiter comme une bête noire, un enfant qui tourne mal.  Entre Dieu et Patrice, je préférais Patrice.
     Ma fascination pour Patrice ne passa pas inaperçue à l'école.  Les filles se froissaient de ma relation illicite.  Elles étaient tellement jalouses qu'elles commencèrent à me traiter de pédé et dieu sait si ce terme me répugnait.  Cette hargne venait surtout d'une jeune fille qui voulait me posséder : Solange.
    Solange ne ménageait rien pour me vexer.  En entrant en classe, elle me demandait sans cesse comment se portaient mes amours.  Elle me criait des sobriquets, s'attardait à ridiculiser Patrice :
     --  Est-ce que c'est bon à manger, un petit circonscis ?
     Tout le monde la trouvait bien drôle.
      Je ne pouvais accepter son mépris : dans mon milieu la chair est proscrite.  La hantise de la beauté de Patrice s'accentuait avec les méchancetés de Solange, le désir charnel perçait.  Parfois, je doutais de la pureté de mes relations.  Je me culpabilisais pour un crime inexistant ... s'il y a un crime à s'aimer entre garçons...
      Le soir , je m'enfermais dans ma chambre.  Je pleurais .  Je m'imposais des sacrifices pour me prouver la mauvaise foi de Solange, la laideur de sa jalousie.  Mes visites à Patrice anéantissaient mes scrupules.  Puis, je redoutais de moi.  Je me divisais.  Rien ne changeait, j'aimais cet amour et mes sacrifices n'avaient qu'un sens :  me déculpabiliser d'un mal qui n'existait pas...
      Tous et chacun s'acharnaient à rompre cette amitié au nom de la religion.  Les commères de la région se gorgeaient des horreurs religieuses commises par le père de Patrice et blâmaient ma famille de me laisser fréquenter d'aussi mauvaises gens.
     Cette situation me révoltait.  J'étais un vrai tigre en classe.  Je criais à Solange des « vas te faire f...» gros comme le bras.  Chaque jour, entre nous, la guerre franchissait un pas de plus.
      Au cours d'un après-midi , Solange vint barbouiller mon manteau avec la brosse du tableau.  Je fus pris de colère.  Je saisis la brosse et je la lui tirai par la tête.  Elle ne parvint pas au but et atterrit à quelques pouces de la tête de l'institutrice.  J'étais humilié.  Je l'aimais mon institutrice !  Elle me retenait aux récréations afin de me confier ses peines d'amour.  Mes excuses suffirent à clore l'incident.  Cependant, tous les autres élèves écoutaient maintenant Solange déblatérer à mon sujet .  J'étais à son avis une tapette qui faisait semblant d'être normal.
     La situation alla de mal en pis.  Je me querellai avec un camarade de classe au sujet de Patrice et madame Gueule de bois profita de cette occasion malencontreuse pour me gourmander.
     Je l'ai reluquée.  Elle a explosé.  Elle m'a gifflé.  Je la saisis par les épaules, la poussai sur la rampe au-dessus de l'escalier en lui criant :
     --  Veux-tu descendre sur la tête ?  Frappe-moi encore !
     Tout était fini .  D'un moment à l'autre j'allais être flanqué à la porte de l'école.
      Mon institutrice expliqua à mon père les causes de mon renvoi.  Ce dernier, ivre de colère, saisit un fouet et me roua de coups.  Je l'ai laissé faire.  Il avait raison de me battre : j'étais celui de la maison qui créait le plus de problèmes.  Si je n'avais pas cru mériter cette râclée de ma vie, je me serais défendu, malgré la force de mon père.
      Mes cicatrices eurent raison de ma titulaire.  On me réaccepta à l'école.  Évidemment, on blâmait mes relations... françaises... avec le diable... J'avais promis d'être plus sage.  Malgré ma promesse, j'ai continué de fréquenter Patrice.  Mes amours furent plus discrèts.
     À l'été, un événement transforma ma vie :  je fus engagé dans un journal, à titre d'apprenti-journaliste, à la suite d'un concours de journalisme que j'avais remporté à l'école.  Ayant été accepté à l'université, le propriétaire du quotidien m'avait promis de financer mes études.  Même si ma famille était assez riche , elle ne pouvait pas fournir des études supérieures à tous, nous étions trop nombreux.  J'étais comblé.  Cependant, il me fallait quitter mon patelin et Patrice.  Dorénavant, je pourrai les voir que les fins de semaine, mais je serai assez riche ... je pourrai lui acheter tout ce qu'il désire.
    Malheureusement, un mois plus tard, la famille de Patrice quitta le pays, sans avertir, sans laisser d'adresse.
     



Posté le 03.07.2009 à 16:30

     Je rompis les rangs et je hurlai :
   --   Si je te casse la gueule, écoeurant, tu les laisseras tranquilles ?
     Mon intervention , à n'en pas douter, provoqua bien des émois : n'étais-je pas moi aussi un de ces
« maudits  étrangers»  ?
     Le fier- à -bras  s'avança, me toisa et se mit à rire.
     --  Pourquoi pas ?  Tu penses que tu me fais peur ?
     --  Jure que si je te bats, tu ne les toucheras plus, jamais.
     --  Juré !  Ça te suffit .  Maintenant, viens que je t'apprenne à te mêler de tes affaires.   Petit con !
     Les spectateurs se mirent à rire de bon coeur.  On se moqua de moi.  J'étais petit et laid.  Je donnais corps aux sarcasmes. « Enfin ! une guerre des chefs». , pensait-on.  Après tout , dans une école, au début de l'année, n'est-il pas normal que chaque clan, chaque aspirant à diriger,  fasse ses preuves pour dominer le reste de l'année ... comme chez les chimpanzés...
     Le combat commença.  J'y mis tant d'énergie qu'au bout de quelques minutes à peine mon adversaire avait le visage en sang et me suppliait d'arrêter de frapper...  j'étais un excellent boxeur.  Profitant de sa faiblesse, je m'enroulai à lui, en le tenant par derrière et je le précipitai par terre.
     En un rien de temps, j'ai défait sa ceinture, baissé ses culottes et son short et je le forçai à se relever.  Il pleurait et essayait de se cacher le zizi, mais je lui ramenai les bras derrière le dos et je le fis pivoter pour que chacun puisse bien voir son petit moineau.  Je saisis ensuite son sexe et je dis sur un ton de défi :
     --  Il n'est pas très développé votre chef !  Qui est le suivant ?
     Les spectateurs ahuris et ébahis ricanèrent.  Je lâchai prise.  Il se sauva en remontant péniblement son pantalon d'une main, essuyant le sang qui coulait de son nez , de l'autre.
     Je sortais triomphant de cette épreuve .  J'appris par la suite que sans le savoir j'avais flanqué une râclée à mon propre cousin.  Cela n'avait pas d'importance, je me rapprochais du petit qui avait su attirer mon attention par sa beauté.
     --  Avant de toucher à l'un d'eux , criais-je à la foule fébrile , il faudra me marcher sur le corps !
    La semaine s'écoula sans autre incident, sinon que l'on discutait ferme chez l'ennemi de trouver un moyen pour me remettre à ma place.  Il était inadmissible pour eux qu'un étranger devienne le coq de l'école.
     Par contre , aux récréations, je discutais avec le plus vieux des français, tout en regardant sans cesse , du coin de l'oeil, son frère cadet.  Patrice avait environ 12 ans.  Je le trouvais de plus en plus beau.  J'en étais follement amoureux.  J'aurais aimé devenir son frère ou son père pour jouir constamment de sa compagnie.
     Le lendemain, les autres avaient inventé un jeu de cheval et de chevalier.  Il ne se pratiquait pas dans mon village.  J'en profité pour demander à Patrice d'embarquer sur mes épaules et de devenir mon chevalier.  Ses rires me ravissaient.  Mon âme était emplie de joie.  Le timbre de sa voix, son accent français achevèrent ma conquête.  Je lui aurais donné le monde si j'avais pu.  J'étais entièrement conquis.  Il était mon dieu depuis le premier moment, dès que je l'avais aperçu.  Le soir, et tout au long de la journée, je devais combattre l'image de sa figure qui bondissait dans ma tête quand j'essayais de me concentrer sur mes études.  Je l'adorais.  Notre amitié explosait dans ces jeux.  Il provoquait en moi des désirs d'une sensualité, d'une volupté que je n'avais jamais connue jusqu'alors.  Non seulement sa beauté me possédait, mais sa gaîté me fascinait. Patrice m'obsédait tellement que je lui écrivis un poème

Mon bel enfant, mon bel amour
carillon de ma vie terne
sur mes épaules la vie chevauche
gaîté promise par ta présence
fraîcheur ultime de ta beauté...

et :

J'ai ton corps qui se tend
tes vertèbres qui se gonflent
j'ai l'haleine d'un gamin
un oui-oui éternel
entre les dents et sous les doigts
j'ai un rien qui s'emballe
le coeur qui chavire   la tête explose
je sens que je serai libre... avec toi
mon bel amour
bel enfant pâmé sous ma langue...

     Je rougis en relisant ce dernier poème et en remarquant qu'il était presque pornographique.  La situation ne correspondait pas à ce désir libéré qui m'habitait inconsciemment.  Je déchirai les deux textes .  Je ne voulais pas salir cette belle amitié. 
   




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