-- Poèmes -- Journal intime -réflexions
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Posté le 25.06.2009 à 20:57

     Le dimanche, le chef de pupitre lui demanda, alors qu'il devait être en congé, d'entrer l'après-midi pour couvrir un événement spécial.  Gabriel accepta sans trop d'empressement.
     Sur le chemin du retour, car il dut se rendre à une cérémonie qui se déroulait à l'extérieur de la ville, le photographe manifesta beaucoup de joie et s'empressa royalement de dire à Gabriel:
     --  Tes amis felquistes ont été arrêtés, il y a quelques heures à East-Angus.
     Le coeur du jeune Gabriel faillit exploser.  Ces paroles valsèrent dans sa tête.  Il crut défaillir.  East Angus.  Son dossier, envoyé à Vallières,  traitait  de la Domtar d'East Angus.  Se pouvait-il que ce dossier , envoyé avant même que les événements d'Octobre ne surviennent , puisse avoir été intercepté et à l'origine de l'arrestation des felquistes ?
     Il s'informa de la provenance de cette nouvelle.  Le photographe, tout content d'avoir heurté la cible, affirma qu'il s'agissait d'une source policière.
     --  La nouvelle sera bientôt annoncée dans les médias, dit-il, fier de lui apprendre une primeur.
    Gabriel fondit presque en larmes : son ignorance venait de tuer le FLQ.  La seule chance du Québec de se débarrasser du colonialisme.  
     Le silence noya le reste du voyage. Il n'y a jamais de changements sans crise.
     À son entrée à la salle de rédaction, le chef de pupitre lui lança :
     --  T'as moins d'amis maintenant.  Peut-être iras-tu rejoindre Marc Lettelier en prison ?
     --  Marc !  Ce n'est qu'un pauvre distributeur de journaux.  Votre système n'est pas très fort pour devoir emprisonner les camelots de la révolution .
     Naturellement, Gabriel ne croyait pas un mot de ce qu'il affirmait.  En plus de son amitié, à son avis , Marc avait bien plus de chance d'être felquiste que lui.  Mais, songea-t-il, si l'on me croit , je serai le suspect et on le  relâchera .  Marc sera libre.  Gabriel pensa aussi qu'il serait beaucoup plus difficile de le faire disparaître étant journaliste que Marc , un étudiant et poète encore inconnu.
      Il ridiculisa le rôle de Marc dans le cercle des radicaux, espérant qu'on lui fiche la paix.  Il était prêt à prendre le chemin des cellules, au risque de se faire éliminer, pour sauver son ami.
      Il parla avec assurance , même si le coeur semblait vouloir arrêter à tous les instants.  Puis, sans même comprendre d'où venait cette curiosité bien journalistique, il demanda :
      --  Combien étaient-ils ?  C'est bien tout ce qu'il pouvait demander , car il ne connaissait , sauf Vallières, rien, ni aucun membre du FLQ.
     Ils étaient seize , répondit le chef de pupitre qui semblait embarrassé par la question.
     Gabriel répliqua cinglant :
     --  C'est impossible, vous me montez un coup : on ne peut jamais être plus que quatre dans une cellule.  C'était ce qu'il avait lu dans un  des petits journaux à sensation.  Est-ce vrai ?
     Il s'installa à son bureau, pondit rapidement son article et le remis au chef de pupitre.
     Cela devait-être un piège car, grâce au service de communication à l'intérieur du journal, la police pouvait s'installer dans la salle de correction des textes et entendre tout ce qui se disait dans la salle de rédaction.  Il se préparait à partir quand il vit un inconnu descendre l'escalier.  À l'extérieur , un autre inconnu attendait mystérieusement et se mit en branle dès que Gabriel se dirigea vers son appartement.  Gabriel était convaincu qu'il s'agissait de policiers.
     Dans son appartement, il fouilla dans toutes ses affaires et s'empressa de faire disparaître les quelques exemplaires d'un petit journal qu'on lui avait remis en disant qu'il était publié par le FLQ.  Il était tellement certain d'être arrêté qu'il ne se déshabilla pas et se jeta sur le lit, tremblant de peur.  Il s'endormit.
     Surpris de voir l'aube se pointer, sans avoir reçu de visiteurs, Gabriel fut complètement dérouté.  Pourquoi donc ne s'était-il rien produit ?  Aurait-il rêvé avoir été filé ?  Il était pourtant convaincu de la présence des autopatrouilles qui l'avaient suivi de loin , mais pas à pas.
      Quand il téléphona au bureau, il entendit un "clic" inhabituel.  Sa ligne était certainement tapée.  Sa fabulation avait donc paraitement réussi.   Il décida d'en mettre encore un peu plus et fit parvenir une lettre compromettante, pour lui, au président du Parti Québecésois.  Ainsi , si elle etait trouvée, il n'y aurait plus aucun doute possible quant à sa participation au FLQ  et on croirait automatiquement que Marc est effectivement très peu dangereux.  Il espérait , en s'accusant ainsi, sauver son meilleur ami.      

 

 

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Posté le 25.06.2009 à 05:39

     Mais ce n'était vraiment plus sa principale  préoccupation : Nancy occupait tout son univers.
     Marc fut à nouveau arrêté ainsi que trois étudiants marxistes à l'université.  Ils furent transportés dans les prisons de Montréal.  Pour Gabriel, ces arrestations n'étaient point justifiées puisque le FLQ ne s'était jamais dangereusement manifesté à Sherbrooke ... quelques bombes seulement ... Jamais de blessé  ; par ailleurs, il crut que les nouveaux prisonniers étaient, quant à eux , en danger de mort.
     -- S'il ont pu tuer Gouin, ils en tueront probablement d'autres, pensa-t-il.
     Il craignait surtout pour Marc, qui était devenu un ami inséparable.
     Prisonnier des événements, il s'efforça aussitôt d'entrer en contact avec un groupe d'étudiants plus radicaux afin d'organiser la résistance.  À son avis, il fallait diffuser les noms des personnes arrêtées pour que la police et l'armée ne puissent pas les faire disparaître.
     L'omniprésence de l'armée amena le président du journal à lui dire , sur un ton des plus ironiques, alors qu'ils mangeaient ensemble au restaurant , entre deux fusils-mitrailleurs : « Tu parles moins fort.  Serait-ce que tu es moins brave , maintenant que les fusils sont sortis ? »
      Gabriel se contenta de sourire, sachant pertinemment bien que le premier tract , qu'il avait écrit , serait distribué dans la ville au cours de la soirée.  Il quitta son patron et retrouva le groupe de jeunes qui distribueraient ses textes à l'université et au cégep.  Il fuma et s'installa à l'arrière de la moto qui devait le conduire au cégep pour une livraison de tracts.  Comme si le danger n'était pas suffisant, lui et son camarade, foncèrent sur la ligne blance entre les autos, au risque de se tuer.  L'ivresse du danger était éblouissante.  Un véritable adolescent !
     Quand Gabriel décida d'écrire d'autres pamphlets , il lui apparut clairement que son choix était fait.  Dorénavant, rien ne serait plus pareil.  Qu'il le veuille ou non, il était devenu felquiste d'âme.
      Les écrits, les soirées de poésie furent les moyens qu'il envisagea pour lutter contre la répression  fédéraste .   À son avis, même s'il pouvait se faire tuer, il fallait risquer sa peau, refuser de se taire et continuer d'informer la population.  Si la police ne peut pas tuer l'amour légalisé ou non, elle ne peut sûrement pas faire taire des gens prêts à mourir pour sauver leurs amis et leur pays à naître.
      Il fut convenu que le dimanche suivant d'autres pamphlets devaient être imprimés.  Les textes étaient déjà rédigés.  Le groupe se donna rendez-vous chez Nancy.  Pascal avait déniché une machine à imprimer ; car il était dorénavant impossible d'employer celle des institutions scolaires, la surveillance se resserrait trop.
     Le dimanche matin, ce fut la consternation : la police avait perquisitionné et saisi la machine à imprimer.  Comment en avait-elle été informée ?  Seul le petit groupe qui venait de se former était au courant de l'opération Imprimerie .  Il fallait nécessairement qu'un membre du groupe soit en contact avec la police.  La méfiance s'installa.
     Gabriel demeura d'abord au-dessus de tout soupçon, quoique parfois certains insinuaient qu'il n'avait pas toujours été aussi radical et indépendantiste.
     C'était vrai.  Il avait essayé, mal informé qu'il était, de justifier plusieurs années auparavant, la position de la police, le samedi de la matraque ;  il était alors président des jeunesses libérales de Limoilou, à Québec -- jusqu'à ce qu'il doive démissionner de ce poste, tout en demeurant dans le parti, ayant appuyé René Lévesque qui claqua la porte au nom de la souveraineté-association -- ;  il avait retrouvé le poste de journaliste, qu'il avait quitté par honnêteté quelques années auparavant , grâce à l'intervention de Georges Vaillancourt, député libéral.  Mais, à sa défense, le mouvement souverainiste n'existait pas encore .  Tout de son passé pouvait le condamner, car ses positions politiques étaient quand même assez nouvelles.  Alors qu'à 25 ans, il inventait des scénarios pour sauver le Canada, dix ans plus tard, il écrivait des pamphlets pour détruire ce marché canadien qui ne respectait pas sa langue et ses aspirations culturelles.  L'évolution d'un individu est parfois aussi lente que celle d'un peuple.
      Gabriel se rappela l'incident du crachat et trouva tout à fait légitime, quoique parfaitement stupide, que certains du groupe puissent le soupçonner.
      Il en rencontra quelques-uns qui l'interrogèrent , un revolver rivé à la tempe, pour s'ssurer qu'il n'était pas le traître.  C'était peut-être une méthode un peu radicale, mais elle était très efficace et tout à fait justifiable.  Comment ne pas craindre pour sa vie dans de telles conditions ?
     Cette soirée fut très longue, très pénible, très angoissante , car Gabriel ne connaissait aucun de ses juges.  Étaient-ils des fanatiques ?  Ses explications suffiraient-elles à les persuader de sa bonne foi ?  N'étaient-ils pas un peu trop jeunes pour comprendre des revirements idéologiques aussi fondamentaux ?
     Gabriel en sortit blanchi de tous soupçons . Il préférait cela.  De toute façon, il était normal de le soupçonner comme les autres, puisque le groupe venait de se former et presque personne, sauf Nancy et lui, ne se connaissait.  Le groupe s'était formé à cause des circonstances et non par un mûrissement ensemble.  Ainsi, tout était clair à son sujet.
     Le traître ne fut malheureusement jamais découvert.
     Les soirées de poésie se multiplièrent.  Elles devinrent pour Gabriel une occasion de plus pour dénoncer ce système de répression.
     
 

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Posté le 23.06.2009 à 18:08

     C'est avec étonnement qu'il apprit l'enlèvement de Pierre Laporte.  Gabriel était littéralement émerveillé par la forcde de frappe du FLQ. « Le FLQ devait être extrêmement puissant pour échapper ainsi à la police.
     Gabriel suivit les actualités avec encore plus d'intérêt et se prépara à participer à un récital de poésie qui était organisé à Valcourt, un lieu bien connu à cause de monsieur J.-A. Bombardier, célèbre inventeur.
     Quand vint le temps de partir, on se rendit chez Marc Letellier , revenu récemment d'Afrique, et qui devait aussi participer à cette soirée de poésie.
     Dès que la voiture fut arrêtée, le plus jeune de la famille courut avec sa soeur nous avertir de filer car la police était dans la maison.  « Foutez le camp , dit François, la police est à l'intérieur.  Elle fouille partout.  Elle vide les tiroirs, les boîtes et jette tout sur le plancher. »
     « Même la farine ! », ajouta sa soeur, scandalisée de l'attitude ignoble avec laquelle les policiers les traitaient.
      Régis appuya aussitôt sur le gaz.  Gabriel crut que Marc devait être mêlé au FLQ.  N'était-il pas très politisé ?  Marc gravissait un nouvel échelon dans l'admiration que Gabriel lui vouait.
      À Valcourt,  à la fin de ses poèmes , Gabriel dénonça cette intervention sauvage de la police qui fouillait et brutalisait les gens. « Démocrassie, mon cul ! , lança-t-il.  Vive le Québec libre !  Vive le FLQ ! » .  Gabriel venait pour la première fois dans un événement public , de proclamer à haute voix , ce que lui dictait son coeur. 
     Gabriel termina la soirée autour d'un café chez Nancy.  Elle en profita pour lui indiquer à nouveau tout l'amour qui la consumait , non plus pour son mari, mais pour un petit journaliste trop bête et trop gêné pour comprendre. 
      Ils fumèrent un joint pour la première fois.  Tout se transforma en rires, en ri-ri-rires, en éclats de rire.
      Cette relation de plus en plus fascinante avec Nancy ne pouvait les conduire bien loin, car Nancy avaient deux jeunes enfants et un mari.  Ce dernier acceptait qu'elle ait des relations extra-conjugales , en autant que la famille ne soit pas privée de leur mère.  On dira après que la philosophie du Peace and love
n'a rien apporté de bon...
      Gabriel savait qu'il faudrait un jour limiter cette expérience pour le bien des enfants. Pour lui, le bien des enfants étaient la valeur suprême.
      L'amour et ses joies lui firent oublier , un certain temps, ce qui se passait au Québec.
      Les mass-médias annoncèrent les mesures de guerre.  Du jour au lendemain , rétroactivement,Gabriel devenait automatiquement un criminel, car cette loi fasciste déclarait toute personne agissant activement ou manifestant de la sympathie pour le FLQ, automatiquement hors-la-loi.  Il n'en fallait pas plus pour que tout le monde dénonce le voisin qu'il n'aimait pas ou tous ceux que l'on croyait indépendantistes ... Après , on citera le Canada comme un exemple de la démocratie ... Quelle belle hypocrisie que la  démocrassie !        

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Posté le 22.06.2009 à 18:33

     Gabriel, déçu à nouveau par l'aveuglement politique des Québécois, se pencha sur la situation explosive de la Domtar.  Évidemment, le journal était loin de publier toutes les informations et affichait un parti pris en faveur des patrons.  Les big boss profitaient non seulement des manchettes , mais les informations du syndicat aptes à concientiser les travailleurs, étaient sabrées.
     Gabriel monta un dossier qu'il fit parvenir à Pierre Vallières, même s'il était reconnu comme le chef du mouvement terroriste , dans l'espoir de le voir publier dans une revue ou un autre journal.  Il s'agissait , pour lui , de permettre à la population de jouir autant que possible d'une information complète et véridique.  Il posta le dossier, sans se questionner davantage, même s'il risquait son emploi.  Il avait ainsi la conscience en paix ... il avait tout fait ce qui était possible pour être honnête, être un bon journaliste.  Gabriel tenait fanatiquement à cette honnêteté.  Il refusait la partialité de son employeur.
    Le lendemain, James Richard Cross fut enlevé.  L'enlèvement du diplomate britannique était annoncé dans tous les médias.
     Gabriel Deshaies fut fort surpris par ce geste politique.  Il n'aurait jamais cru le FLQ capable d'une telle action d'éclat.
     Il fut très excité par l'ampleur accordée à l'événement.  Il se mit à lire tous les journaux, même les petits journaux de deuxième et de troisième ordre.  Les feuilles de choux.  Il parcourut l'un d'eux  avec avidité parce qu'il expliquait comment fonctionne généralement les cellules et l'organisation terroriste.  Devait-il y croire ?  Il n'en savait rien; mais les articles étaient fort intéressants.
    Puisque des manifestations s'organisaient dans le monde ouvrier pour appuyer les revendications du FLQ, Gabriel crut dans son invincibilité.  Il était littéralement hypnotisé par sa force.
     Toujours franc, Gabriel ne cacha à personne son admiration pour le FLQ.
     Cette situation ne laissa pas ses patrons indifférents.  Ils commencèrent à lui tendre des pièges afin probablement de jauger ses connaissances quant au FLQ, et surtout dans l'espoir de lui faire peur afin qu'il dissimule davantage ses sympathies, car il était un excellent journaliste.  Gabriel rejeta ce geste paternaliste.
     Le chef de pupitre le fit demander à son bureau et lui souligna qu'il devait craindre les conséquences de ses affinités avec les terroristes.  Gabriel se demanda où ses patrons avaient pu développer de tels jugements.  
      Forcées par les événements, les autorités politiques avaient laissé Radio-Canada lire un communiqué du FLQ à la télévision.
     Gabriel qui n'avait pas encore songé à appartenir au FLQ fut ravi que ses patrons le considèrent assez brave pour participer à un tel mouvement d'émancipation.  Gabriel avait peur que le FLQ tue , par accident, un individu en posant des bombes.  Pas très malin, Gabriel croyait que le mouvement terroriste agissait de façon à ne pas blesser ou tuer des civils, mais ainsi forcer Ottawa à réfléchir.  Gabriel se prenait de plus en plus comme un combattant de la Résistance, car, en fait c'était bien une guerre contre les froces colonialistes pour sauver le Québec...
    « Dans un communiqué du FLQ, on parle de la Domtar et ce mot est écrit Domptar. Tu es le seul journaliste connu qui fasse cette erreur«, lui fit-on remarquer.
     Gabriel ne se rappelait pas si , effectivement, on parlait de la Domtar dans le communiqué diffusé.  En plus, ce pouvait être un autre document car plusieurs communiqués du FLQ n'étaient pas publiés et échouaient entre les mains de la police.  Cela pouvait être aussi un piège afin de vérifier encore une fois ses connaissances.
      Il ne voulut pas nier et badina sur le fait qu'il n'y a pas qu'une seule personne au Québec qui écrive en faisant des fautes d'orthographe.  Gabriel était d'ailleurs jusqu'alors un champion dans le domaine.   À ses débuts, on affectait même des gens pour corriger ses textes, mais il était fabuleux pour aller cueillir la nouvelle.
     Peureux de nature, Gabriel sentit que les jeux étaient pipés.  Connaissait-on déjà l'existence de son dossier sur la Domtar ?  Aurait-on intercepté celui-ci puisque Pierre Vallières avait été arrêté de nouveau.  La police lisait-elle déjà ses lettres ?  « Qu'importe! , conclut-il.  Ils ne peuvent tout de même pas m'arrêter parce que j'ai fait parvenir un dossier de presse à un confrère. »
     Il n'en entendit plus parler.  Cependant, cette semaine-là , en se rendant à l'hôpital pour répondre à un appel de la Croix-Rouge, la camionnette, dans laquelle il prenait place avec des amis, fut heurtée dans le côté droit par une automobile.  Si ce n'eut été de Régis qui lui parla  quelques secondes avant l'accident, Gabriel aurait certainement été tué.  Il était étendu sur le plancher de la camionnette, la tête reposant sur le bord, exactement là où ils furent frappés.  Heureusement, il s'était relevé pour entendre ce qu'on lui disait.
     Il l'échappa belle.  Une grosse prune au front.  Un examen à l'hôpital, avant de retourner à la maison.
     Gabriel fit abstraction de cet événement, accaparé davantage par le développement des événements politiques nationaux.
     Le FLQ apparaissait plus que jamais inébranlable aux yeux du jeune journaliste.  

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Posté le 21.06.2009 à 16:58

      Un événement inattendu vint intensifier sa perception à l'effet que le Canada, ce soi-disant pays démocratique, était presque aussi fasciste que le Chili de Pinochet.
     Gaston, le jeune poète qui avait craché au visage du premier ministre quelques années auparavant, succomba dans un accident de motocyclette.  Plusieurs de ses amis prétendirent que son accident était dû à une balle qui aurait été tirée par un occupant d'un véhicule qui le suivait , occupant qui n'aurait été rien de moins qu'un policier de la GRC.
     À l'occasion de ses funérailles, Gabriel rencontra pour la première fois de sa vie celui que l'on prétendait le chef du FLQ, Pierre Vallières, un journaliste longuement emprisonné.  L'amitié entre les deux journalistes fut presque immédiate, quoique Vallières trouvait sans doute Gabriel, très peu radical :  ce dernier refusait toujours le recours à la violence.
     Cependant, sa position privilégiée de journaliste, en faisait un allié fiable et dévoué.
     Gabriel accepta, pour venger son ami et par convictions politiques de faire parvenir à Vallières une copie de tous les dossiers que refuserait de publier son journal, presque officiellement vendu aux libéraux.
    Gabriel pensa que , si la GRC était prête à tuer , une fois, pour sauvegarder l'emprise fédérale canadienne , elle le serait à nouveau si la situation l'exigeait.  Le jeu devenait dangereux.
     Le journal affecta Gabriel à la couverture des élections provinciales.  Il devait fournir un compte-rendu des visites des politiciens, et essayer de les compromettre, face aux différents projets de développement de la région, mis de l'avant pour sortir la population du marasme économique dans laquelle elle s'enlisait.
     La décision d'Ottawa d'installer le nouvel aéroport international à Mirabel confirmait , à son avis , les saloperies d'Ottawa.  En réaction, il s'inscrivit au Parti Québécois, qui préconisait aussi, mais par des moyens démocratiques, l'indépendance du Québec.
     Il décida même, dans un geste frondeur et juvénile, de porter le bouton de ce parti à l'occasion de la visite de Pierre Laporte, ministre du Travail et vice-premier ministre.
     Cette situation n'alla pas sans créer des remous.  Des partisans l'insultèrent et Laporte prit plaisir à tenter de le ridiculiser.
     Gabriel, exaspéré, lança au ministre : « Au Québec, tu peux être fier de tout ce que tu veux, même d'être pédéraste.  La seule chose honteuse , c'est d'être fédéraste ! »
      Ce jeu de mots fit même sourire certains partisans de Laporte, qui dirent : « Il sait se défendre, le jeune.»
      Tout au long de la visite du ministre Laporte, Gabriel fut scandalisé de son double discours.  Alors qu'en public , il prétendait que le FLQ faisait fuir tous les investissements ;  dans les réunions du parti , il affirmait que le FLQ était sans importance du point de vue des retombées économiques, et ajoutait même, pour prouver le non-sérieux de ce groupe terroriste, que personnellement, il n'en avait absolument pas peur.  Ses farces sur le FLQ, poseur de bombettes, faisaient rire ses partisans.
     Après une des conférences, Gabriel dut emprunter l'automobile de Laporte pour retourner au journal.  Il se retrouva nez-à-nez avec le politicien polichinelle.
     Il profita de son tête-à-tête pour lui demander pourquoi il mentait incessamment aux gens, en essayant de leur faire croire en une crise économique éventuelle crée par les bombes du FLQ ainsi que dans un exode des entreprises ?  Pourquoi tentait-il sans cesse de faire identifier le Parti québécois au FLQ alors qu'il savait très bien que le Parti Québécois n'avait aucun lien avec les terroristes, beaucoup plus marxistes ?  Pourquoi ?  Sinon , pour discriditer ce parti aux yeux de la population.
     Laporte lui répliqua que la vérité n'était pas très importante .
     « Les gens, dit-il, sont tellement idiots qu'il faut se servir d'images fortes pour faire passer le message politique. »
     Gabriel fut totalement scandalisé par ces réponses.  Comment pouvait-on être aussi malhonnête ? 
     La campagne électorale prit fin avec la victoire de Robert Bourassa,  chef du Parti Libéral , soit celui  de Pierre Laporte. 

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