-- Poèmes -- Journal intime -réflexions
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Posté le 20.05.2009 à 16:32

     Au dbut. madame Durosier  se fit toute condescendante.  Elle buvait chaque mot de la petite comme si cette confession fut un baume sur sa propre vie.  Le sourire s'éteignit au fur et à mesure que Sophie entrait dans des détails plus intimes.  Pourquoi de 12 à 15 ans cette relation fut-elle une fleur dans sa vie ?  Pourquoi maintenant , juste à la suite d'un cours de morale qui la frappa plus que les autres, cette fleur se muta-t-elle en poison ?  Pourquoi sa vie était-elle devenue un chachemar ?  D'où venait toute cette culpabilité puisque jamais ni ses parents, ni personne n'avait abordé clairement le sujet avec elle sauf ... Céline , plus honnëte, qui semblait beaucoup se préoccuper des effets sur elle de ses caresses, comme si elle ne voulait pas que celles-ci la troublent , comme si elle avait voulu s'assurer que cette relation particulière soit toujours bénéfique, du moins positive.
    Céline semblait si sûre que ces caresses ne pouvaient que créer son bien-être que Sophie se demanda s'il était possible que sans s'en rendre compte les cours de morale, les conversations dans lesquelles les adultes condamnent sans cesse la sexualité, toute l'éducation quoi, toute cette culpabilisation accumulée, ne l'ait pénétrée, sculptée ?  Se pouvait-il que toute cette répression inconsciente surgisse avec la prise de conscience de son corps à l'adolescence ?  Sournoisement.  Au gré de quelques mots.  Des mots déclencheurs de cette peur de la sexualité en véritable explosion ?  Sournoisement.  Un vrai lavage de cerveau progressif, mais perpétuel pour inculquer une forme de morale , la morale judéo-chrétienne ?  La morale de la haine de la chair, du rejet de sa réalité corporelle ?  La pudeur que l'on prétend une vertu n'est -elle pas une façon hypocrite d'exprimer la honte face à son corps, sa nudité ?  Un rejet, un malaise, une honte de sa différence.  La conscience du mal est-elle autre chose que la manifestation des traumatismes subis par les interdits depuis sa plus tendre enfance ?  L'homosexualité ou le lesbianisme ne sont-ils pas génétiques ?  Pourquoi l'attrait pour les personnes belles et jeunes ne le serait-il pas ?
     Madame Durosier rétorqua, sûre d'elle, que chaque personne a une conscience et conséquemment , au plus profond de soi une connaissance du bien et du mal,
     --  C'est peut-être vrai, rétorqua Sophie, mais qui décide justement de ce qui est bien ou mal,  La perception que l'on a du jugement que les autres portent sur nous et sur la situation, n'est-ce pas ?
     Sophie avait la certitude d'être enfin entendue , de faire face à quelqu'un qui probablement comme elle s'était posée les mêmes questions.  Cela la rassura et l'amena à poursuivre son récit, sans se rendre compte que madame Durosier avait déjà jugé la situation et même prononcé , sans retour possible en arrière, sans rémission , la condamnation de Céline, la pécheresse.  Alors que Sophie croyait que son interlocutrice cherchait comme elle la vérité , celle-ci avait déjà pris une position irréversible, indiscutable... Céline est une salope !
     --  Pauvre enfant !  Est-ce possible d'avoir enduré tout cela ?
     Sophie était persusadée que sa professeure parlait de ses doutes et de ses questions, particulièrement en ce qui touchait l'incompréhension de ses pairs qui condamnaient sans nuance  ses plaisirs illicites, de leurs réactions en apprenant que les femmes y prennent un plaisir vrai, du problème d'orientation sexuelle qui surgissait avec cette situation.  Sophie se demandait si elle était lesbienne ?  Elle voulait une réponse claire.  Si elle aimait autant se faire caresser par Céline, pourtant Sophie avait toujours eu, à n'en pas douter, une attirance pour les garçons.  Peut-on devenir lesbienne à la suite d'une expérience ?
     Sophie croyait que cela était impossible, à moins que cette expérience fut traumatisante, parce qu'elle pouvait être accompagnée de violence ou qu'elle soit très difficile à supporter , par exemple, si cette expérience contredit sévèrement son éducation.  Elle appuyait son opinion sur l'intérêt qu'elle portait pour un de ses voisins et la réflexion de sa tante quand celle-ci s'aperçut de cette flamme naissante pour Maxime :  « Bientôt, tu ne voudras plus rien savoir de mes caresses.  Tu les chercheras ailleurs.  Je ne suis pas jalouse.  C'est très bien ainsi.  J'espère seulement que tu garderas une petite place pour notre amitié, que je serai toujours ta confidente. »  Et, Céline avait chercher à rapprocher les deux tourteraux, même si elle savait qu'elle y perdrait sa place.
     Céline avait une vision bien originale des rapports entre les humains.  Pour elle, ce n'était pas important d'aimer un homme ou une femme, un enfant ou un adulte.  L'important , c'était de s'aimer vraiment.  Et l'amour n'exclut pas nécessairement la sexualité, ni ne l'inclue automatiquement.  Il existe des amitiés sans caresses, ni rapports sexuels.  Des échanges d'âme à âme.  On y répond ou pas, c'est tout.  On aime ou on aime pas, rien de plus, rien de moins.  Ils nous appartient de choisir, et nous seuls devons choisir. 

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Posté le 19.05.2009 à 04:13

    Pour Céline , Sophie n'était pas trop grosse, au contraire, c'était la beauté même, malgré, faut-il l'avouer, l'évidence de ses bourrelets.  Avec Céline, Sophie était le centre de toutes les attentions, de toutes les affections, l'assouvissement de tous les désirs.  La raison de vivre.   Avec Céline, elle pouvait parler de tout, être toujours un "être" que l'on écoute, non plus, une propriété que l'on moule à son image.  C'était la liberté, une telle liberté que même l'erreur constituait un pas dans l'apprentissage de la vie.  Céline, c'était la mer, la tendresse.
    De jeune fille heureusue, fière d'elle, depuis ce cours de morale, Sophie glissait dans la peau de la jeune fille timide, malheureuse, timorée , parce que la morale des autres laissait perfidement s'infiltrer en elle le sentiment le plus important pour imposer son pouvoir définitif : la culpabilité.
    Sophie ne pouvait pas comprendre à son âge que les religions ont inventé le péché de la chair en sachant très bien qu'en interdisant un besoin essentiel , on inculquait l'arme la plus puissante pour dominer les autres: la culpabilité, car, tant qu'une personne se sent coupable, elle est à la merci de son juge.  Elle se mésestime.
    Sophie hésitait à en parler à son professeur de morale, madame Durosier.  C'était un secret si intime !  Mais, la pression qu'exerçait sur elle l'obligation morale de dénoncer l'autre la pénétrait. « Et, si c'était vraiment mal ?  Si ma tante était vraiment mauvaise, comme le prétend indirectement  mon professeur de morale ? »
    Le doute s'infiltrait dans chacune des pores de sa petite peau.  Ces gestes que l'on prétendaient contre-nature lui dévoraient l'esprit.  Était-elle , elle-même,  si méchante que sa passion l'aveuglait ?  Sa certidude qu'il s'agissait d'une belle tendresse se muait en accusation.  Elle doutait de plus en plus de sa normalité.  Comment pouvait-elle aimer quelque chose d'aussi horrible, sans être elle-même foncièrement viciée ?  Ou était-ce normal, simplement naturel, une sentence génétique ?  Naît-on gaie ?  Pourquoi cela m'arrive-t-il,  " à moi " ?  Je n'ai pas choisi cette orientation sexuelle.  Je ne l'ai pas choisie ... Une maladie ?  Ou bien une perversion ?   Un état d'être permanent ?  Qui franchit les réincarnations ?
    Sophie aurait aimé être comme Céline et se connaître assez pour s'accepter comme elle était.
    Elle l'entendait encore lui expliquer sa façon de voir les choses quand elle lui manifesta pour la première fois de timides scrupules face au lesbianisme :
    «  J'ai souffert tout ma vie avant de te connaître parce qu'avant toi je n'ai jamais su ce qu'est l'amour-passion ;  être assez attirée par un autre être humain pour accepter de défier la morale unidimensionnelle de tous les systèmes politico- religieux.  Être assez passionnée pour oublier l'éducation lavage de cerveau que j'ai reçue afin de pouvoir sans culpabilité avoir le droit de te caresser, de t'aimer.  Hé oui !  tu es ma première grande passion, celle qui m'a fait découvrir et accepter que je suis attirée par la beauté des filles de ton âge et d'en assumer la responsabilité.  Je suis née ainsi, je suis viscéralement ainsi et ma vie a été jusqu'ici gâchée par l'imposition d'une morale stupide et anti-naturelle.  Mon amour pour toi, c'est " ma petite nature", une force herculéenne, ma plus profonde identité».
    Pourquoi paniques-tu ?  C'est normal à l'adolescence de se poser de telles questions parce qu'à cette époque de notre vie nous vivons presque tous des expériences homosexuelles.  Cela ne veut pas dire que nous le sommes.  C'est une partie intégrante de son développement : la découverte de soi, la comparaison aux autres, la cristallisation de son identification sexuelle, de ce qui nous attire vraiment.  Tu ne choisis même pas ceux qui t'attirent.  Si tu es hétérosexuelle, rien, sauf un événement traumatisant , un événement violent, ne te changera.  Tu reviendras toujours « à ta petite nature » , à ton identité profonde.  À vrai dire, les systèmes religieux et la bourgeoisie ont divisé les gens en catégories pour régner en maîtres absolus.  On a mis les femmes d'un bord, les hommes de l'autre ;  maintenant on essaie de créer de nouvelles catégories en séparant les adultes des adolescents.  Ils ont ont poussé la phobie : la haine de la chair et la peur de se corrompre au contact des autres jusque dans les moindres caresses.  C'est « ta petite nature », ton héritage génétique, qui choisit pour toi, qui choisit par qui ou par quoi tu es attirée, tu seras envoûtée et l'anormalité ce n'est pas de ne pas être comme les autres, c'est de refuser ce que l'on est, de vouloir se changer, de se rendre malade à se culpabiliser de ne pas être ce que les autres veulent que l'on soit.  Les psychiatres ne peuvent pas l'avouer , car ils perdraient la moitié de leur clientèle. 
      Le pire , la vraie haine, ce sont les parents qui refusent que leur enfant ait une sexualité différente d'eux.  C'est d'empêcher le droit à un individu de chercher son identité, en expérimentant différentes formes de sexualité.  C'est de pousser  ceux qui s'écartent de la majorité à une telle déchéance , une telle haine d'eux-mêmes qu'ils se détruisent, se suicident.  Tout cela sous prétexte qu'il n'est pas adulte.  Tout le monde devrait vivre sa vie et laisser vivre les autres, en autant qu'on utilise jamais la violence, la domination ou l'intimidation pour obtenir ses fins.  Ta liberté s'estompe au moment où tu empiètes sur celle de l'autre.  Ne crains rien, Sophie. si tu es hétérosexuelle, tu l'es pour la vie .  Et , c'est très bien ainsi.  Il faut cesser de se retrouver seules et se caresser si cela est contre ta nature profonde.  Je ne voudrais pas créer de doutes ou de malaises en toi. Je t'aime trop pour cela. »
    Sophie était encore trop fragile pour vivre avec une telle certitude.  Comme toutes les adolescentes, elle ne se connaissait pas assez pour cela.
    Elle se sentait dévorée par un mal dont la seule assise avait été son ignorance.  Sa vie était devenue un enfer.  Elle craignait le mot " souillée" parce qu'elle ne comprenait pas que des caresses qui lui procurent de tels moments de bonheur puisssent être aussi vils. 
    Le péché était la chair.  Et, la chair à son âge, disait-on, devait être domptée , annihilée.  Cependant, au plus profond d'elle-même, Sophie ne parvenait pas à comprendre pourquoi nous avons un corps apte à la jouissance si la caresse, la tendresse est un acte maléfique.
    Elle n'avait plus la force de décider elle-même si ces expériences étaient enrichissantes ou destructrices.   Hantée par les remords provoqués par le rejet évident de son entourage de ces démonstrations d'affection entre femmes et fillette, Sophie décida de s'en ouvrir à son professeur persuadée qu'elle , plus âgée, plus expérimentée, elle pourrait l'éclairer sur sa vie et ainsi retrouver la paix qu'elle avait perdue le jour où elle avait crû d'une façon abrupte , dans son cours de morale, que le mot "victime" lui collait à la peau.
    Sophie rencontra donc mamdame Durosier.  Ce fut un soulagement de parler de ce qui la troublait.  Enfin ! elle partageait ses doutes.  Ce n'est pas que Sophie doutait de la sincérité de Céline, mais elle voulait entendre le jugement d'une troisième personne.  Une personne neutre.     

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Posté le 18.05.2009 à 17:48

     « Si quelqu'un vous touche, vous devez le dénoncer.  C'est votre droit.  C'est votre devoir, car s'il vous touche, il touchera certainement quelqu'un d'autre».
     Cette phrase martelait obsessionnellement l'esprit de Sopie  Les nuits de Sophie étaient réduites à biboyer (parler en dormant) , à cauchemarder puisque jusqu'à ce jour, elle avait reçu avec plaisir et amour, les caresses de sa tante Céline , careseses qui s'étaient faites plus persistantes, plus intimes au fur et à mesure qu'elle y prenait goût.
      Maintenant, pour des raisons morales, on lui demandait de trahir cette histoire d'amour entre elle et sa tante Céline ;  de trahir des gestes dont elle m'avait jamais parlé parce qu'elle savait qu'ils seraient condamnés, pointés du doigt, décrits comme le crime le plus abject de l'humanité alors qu'au contaire, au plus profond d'elle-même, Sophie adorait ces courtes passions découvertes avec sa tante.  Sophie n'avait jusque là jamais résisté aux caresses, car, lui semblait-il, ces caresses étaient bonnes à recevoir et ne faisaient de mal à personne.  Au contaire, la foudre qui embrassaient les yeux de Céline quand elles se rencontaient lui procurait une raison de vivre. 

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Posté le 17.05.2009 à 22:09

   J'oubliais un détail très important : la page couverture regroupant toutes les nouvelles du recueil  "Le temps des cauchemars" a été faite par le pientre La Toan Vinh  alors que les illustrations sont de Gabriel Deshaies, de Val-d'Or.

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Posté le 17.05.2009 à 21:56

     À la porte de son logement, il rencontra Mathieu qui l'avait instruit du concours.  Exubérant, il lui tapota les épaules, multiplia les « mon ami, mon frère».  Il n'avait pas été aussi heureux depuis très longtemps.  Par humilité , il attendit quelques minutes avant de se vanter de son travail fortement inspiré par le siècle.  « Il révolutionnerait certainement la littérature «, affirma-t-il.
     La joie fit presque oublier à Mathieu pourquoi il s'était rendu chez Pierre.
    --  Au fait , dit Mathieu, j'ai oublié de te rendre les 200$ que tu m'as prêtés.  Les voici.
    Pierre refusa presque tant son bonheur était grand.  Son succès futur lui faisait oublier jusqu'à sa faim.  
    Il grimpa chez lui ranger ses précieux documents.  Il les classa.  C'était pour les Archives nationales, pour les chercheurs de demain.  Il conserva les manuscrits, ceux finalement qui contenaient bien peu de ratures  :  l'humanité saura reconnaître ainsi mon assurance».  Les autres feuilles prirent le chemin de la poubelle comme des preuves à éliminer. « Un génie crée tout dès le premier  jet».
    Le bulletin de participation du concours s'échappa d'un groupe de feuilles inutiles et il glissa sur le plancher.  Pierre se pencha, le ramassa avec préciosité, l'embrassa.
    C'est alors que le titre lui creva les yeux.  Il en demeura abasourdi, sidéré.  Il le répéta, troublé, pesant chaque syllabe. Sa surprise était de taille.  Il relut les lettres une à une.  Elles semblaient grossir pour le narguer : 
                            «QUATRIÈME CONCOURS DE POÉSIE. » 

Et voilà, non seulement j'ai eu le plasir d'écrire cette nouvelle littéraire, mais aussi de m'en servir quand j'enseignais la nouvelle littéraire aux élèves de troisième.  Depuis, on a laissé tomber certaines règles, mais j'exigeais qu'elles fussent respectées pour que les étudiants réalisent les différences qui existent entre chaque genre littéraire.  Je dois avouer que j'admirais l'imagination des jeunes quand ils avaient à en produire une.  Enseigner fut toujours pour moi un délice intellectuel.  Les jeunes sont non seulement attachants , mais surprenants.  Je me sentais sans imagination à côté d'eux.

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