La mort de ses grands doigts brûlants
sur mes côtes , égrène son chapelet
elle me mord au cerveau
et me brûle la gorge.
Et ce sont tremblements de chair
jailissement des chaînes
et la couse effrénée, hors de son orbite,
d'un coeur qui ne sait plus danser.
L'enfer m'écrase et me sépare du monde
et du fond de cet océan aux claquements des dents
surgissent des phalanges d'enfant, les miennes,
qui vainement cherchent à s'accrocher
à un monde figé dans l'espace et le temps.
Qu'on en pense ce que l'on voudra , la série des prochains textes , touchant ma foi chrétienne que je remettais en question après avoir voulu , comme bien des jeunes du Québec, être un saint ne fut pas qu'un geste de provocation, mais la proclamation la plus sincère et profonde de ma foi. En fait, à travers mes poèmes, je proclamais que si Jésus était un dieu, il était aussi un homme . Et, un homme, ça a nécessairement , obligatoirement une sexualité. Comment pouvait-il autrement dans ses enseignements nous démontrer qu'il fault être d'une absolue tolérance, comme il le fut avec Marie-Madeleine. Il faut savoir que ma tendre enfance a été marquée par la censure religieuse , ce qui m'a profondément révolté, car, il s'agit à mon sens, non seulement d'un mensonge, mais d'un viol de conscience. J'ai eu terriblement peur de mon audace quand j'eus publié ces textes en 1968. Comment faire comprendre à mes lecteurs que ce n'était pas un blasphème , mais une façon de voir qui me réconciliait avec "la foi de mon enfance", à l'époque de mon adolescence. Aujourd.hui, je trouve ça plutôt comique d'avoir vécu de tels tourments intérieurs. Un grand masochisme spirituel. Je ne veux choquer personne, donc, vous êtes avisés. Ce fut une période de mon expérience de vie... Une chance que je n'étais pas musulman, je me serais bien fait crucifier.
Jésus, courbé sous le poids des péchés des hommes
-- corbeaux maugréant dans chaque cellule de son corps--
comme les hommes, tremblant , se précipita au Jourdain
livrer son corps à dieu, lui assujetissant son esprit.
Courbé, flexible comme un roseau
fouetté par le vent des morts
il errait ci et là , criant aux hommes :
"Souffrons ! Expions ! nous qui avons péché."
Quand un moment, soudain, la révolte gronda ;
droit comme un chêne, il dit merde à la mort
cracha au visage de l'officiant, et changea son discours :
"Les morts ne sont plus, qui est mort reste mort.
Nous sommes purs et vivons nos passions."
Et de cette libération soudaine, nourri comme un enfant,
de sa pureté nouvelle , il façonna son glaive
pour déloger la peur des morts et enfin ressusciter
pour se prouver qu'il était bel et bien dieu.
Jésus- Christ, emmerdé
de prêcher charité
sans pouvoir pratiquer
a , un jour, ou peut -être même un soir
organisé un grand bal.
Quand les archanges
furent ivres de passions
et fumant de désirs
Jésus saute dans la place
empoigne Satan, en criant :
"Aimez même vos ennemis"
et l'embrasse
en lui tripotant un sein.
Jamais n'eut-il plus grande victoire
Jésus était blême de liberté
et les invités ahuris levaient leur verre
en chantant : "Hosanna".
C'était la grande réconciliation
de l'esprit et de la chair
et dieu pour ne pas paraître idiot
à son tour, cria, en pleurnichant de joie:
" Créons la femme et le scrupule
pour rendre le jeu plus palpitant."
Et ce fut sa première erreur .
Jésus encor enfant , il n'avait que douze ans
regarda son pipi, lui toucha même un peu,
et, le mesurant à celui d'un compagnon
il gémit sur sont sort : "Comme il est petit".
Pour oublier sa honte, il fuit toute sa vie
femme et compagnon et même la solitude
il chercha dans l'esprit une compensation
lui permettant d'aimer sans vendre sa chair.
Et ainsi, d'une frustration à l'autre,
pour oublier la peau douce des garçons
de treize à dix-sept ans de préférence
il fit de son combat celui du genre humain :
anéantissement de la chair pour sauver un fantôme.
Quand sur la croix il fut frappé de vérité.
Il dit à jean : Fais avec Madeleine
ce que j'ai toujours souhaité et n'ai jamais osé.
Baissant les yeux sur son corps mutilé
malgré les souffrances , il sentit raidir ses os
pour proclamer son ultime crédo:
"Enfin ! je suis nu. "